Claire    Anne-Laurence    Françoise     Birthe     Sylvie

Une vie en Amérique Latine

francoisedl Notre Pape actuel, Francesco, a dit au soir de son élection: « Je suis l’évêque de Rome que les cardinaux sont allés chercher au bout du monde ».

 

Au début de ma vie religieuse, encore professe temporaire, la congrégation des Auxiliatrices m’a proposé le Mexique – auquel je n’avais jamais pensé… et je suis partie en paquebot au Mexique en 1957. Cela m’a plu… J’ai appris l’espagnol, pas en école de langues mais en communauté. J’ai travaillé au dispensaire, où venaient les habitants d’un quartier périphérique. Ce fut mon premier contact avec la misère, l’oubli, l’indifférence profonde, colorée de paternalisme – on donnait pour sauver la vie, pas pour la construire…

Ce fut mon premier contact avec la misère, l’oubli, l’indifférence profonde

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Les années ont passé. Vatican II a donné des documents de base et j’ai commencé à ouvrir les yeux et le cœur sur la réalité que je découvrais peu à peu. Puis j’ai fait la fondation de Bogota en Colombie, là, j’ai découvert d’autres aspects de l’exclusion : les gamins de la rue, la conception du “donner aux pauvres” un pain Bimbo moisi. Puis ce fut Netzahuatlcoyotl, poche urbaine de Mexico de 3 à 5 millions de personnes, composé de familles indigènes où les visites à domicile rendaient visible la réalité du logement, de l’hospitalité, du partage. Dans différents départements du Mexique, puis de nouveau à Bogota, j’ai préparé adolescents et adultes aux sacrements, donné des retraites selon les Exercices de St Ignace, travaillé à la formation d’adultes pour « aider à tout bien », comme disait Marie de la Providence, et aider à « rencontrer Dieu dans la vie ».

Les visites à domicile rendaient visible la réalité du logement, de l’hospitalité, du partage

 

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L’âge venant, je me retrouvais, passés les 80 ans, dans la Maison de retraite des Auxiliatrices du Mexique, à Xiutepec, à 80 kms de Mexico. Là commence un processus d’adaptation : d’être à la retraite, de ne plus avoir de groupes à accompagner dans leur quête de Dieu, les limites physiques… Puis j’ai lu dans la joie de l’Evangile du Pape François son appel à la présence et l’accompagnement du 3e et 4e âges qui ont droit et besoin d’une présence d’Eglise pour leur fin de vie… Cela m’a fort secouée… A Xiutepec, une sœur Auxiliatrice mexicaine a fondé, il y a 18 ans, une Maison de retraite pour personnes âgées qui ne trouvent aucune place dans celles, trop rares, du gouvernement. Pourquoi, à la fin de ma vie, ne pas demander de faire une expérience de vivre dans cette Maison de retraite, dont les résidentes ont une culture différente, une image de Dieu un peu archaïque, mais une foi si profonde. La provinciale a accepté ma demande et je vis depuis 4 ans, là, m’adaptant aux horaires, à la nourriture, aux ateliers divers, dans un grand jardin rempli de fleurs toute l’année.

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 « Aider à tout bien, rendre service », aider à prier et offrir la journée pour la Paix du monde le matin

 

Je vis cela comme ma grande et unique mission d’Auxiliatrice des « profondeurs du Purgatoire aux dernières limites de la terre » – « aider à tout bien, rendre service », aider à prier et offrir la journée pour la Paix du monde le matin… dans les détails de la vie ordinaire, tâchant de disparaître, d’être une parmi d’autres avec ses limites… Je peux encore marcher avec une canne mais plus seule dans la rue. Mais je suis heureuse de vivre cela, d’autant plus qu’il y a un an une autre auxiliatrice est venue se joindre à moi et nous formons une mini-communauté de 3… C‘est pour moi ma manière de m’incarner comme le fit Jésus en chaque personne qu’il sauve par son Amour. C‘est formidable, savez-vous, de pouvoir actualiser cela dans une réalité qui, finalement, n’est que Lui… l’AMOUR INCOMMENSURABLE dans lequel nous naviguons tous.

Province de France-Belgique des soeurs Auxiliatrices des âmes du purgatoire