Claire    Anne-Laurence    Cécile     Birthe     Sylvie

20 ans d'expérience au Tchad

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Je suis au Tchad depuis 20 ans et je peux dire que je suis de plus en plus heureuse de tout ce que je peux vivre comme religieuse chez les sœurs Auxiliatrices et auprès des Tchadiens. Je ne peux que rendre grâce de tout ce que j’ai reçu tant sur un plan humain que dans ma foi.

L’appel à être missionnaire je l’ai reçu depuis mon enfance. Je vivais à l’époque au Brésil, et j’avais à peine 7 ans quand je me suis dit qu’un jour je me marierai et je vivrai à l’étranger. A l’âge de 14 ans, en pensant à mon avenir j’ai eu deux images qui me sont venues. Dans la première image, je me voyais mariée avec des enfants et dans la deuxième image je me voyais marcher sur une route, seule, partant vers un village en Afrique. Je sentais ce désir d’être missionnaire, pour être auprès des plus pauvres.

Après des études d’éducatrice spécialisée, je suis partie un an au Mexique comme coopérante à la Délégation Catholique pour la Coopération (DCC). Je sentais toujours cet appel à la vie missionnaire pour être auprès des plus pauvres et pour approfondir ma foi. Au Mexique, j’ai vécu des expériences fortes de proximité avec les pauvres, notamment dans un camp de réfugiés guatémaltèques où je suis restée 4 mois dans une famille. Je donnais des cours d’alphabétisation en espagnol à une quarantaine de femmes. J’ai fait l’expérience de vivre dans des conditions très rudes, mais j’ai aussi fait l’expérience que je pouvais dépasser cela et être heureuse, simplement parce que le Seigneur était là et que je me sentais à ma place, me donnant à fond et en étant moi-même.

claireC2C’est au Mexique, au cours d’une retraite de 8 jours, que je me suis décidée pour la vie religieuse chez les sœurs Auxiliatrices. Je suis entrée au noviciat en France en septembre 1991. Après le noviciat, j’ai fait des études théologiques (IPER) à Lyon et ensuite les sœurs m’ont envoyée au Tchad.

Les deux premières années au Tchad ont été les plus rudes. Il fallait m’acclimater à un pays très chaud, me confronter à une autre culture très différente de la mienne et je me demandais parfois si j’allais pouvoir dépasser les stéréotypes du « blanc » que je prenais en pleine figure. Dans la rue, je ne passais jamais inaperçue, alors que j’aime être discrète. Au moment des élections de 1995, il fallait rester à la maison, car cela pouvait être dangereux de sortir à ce moment-là. Je commençais à découvrir que l’histoire coloniale avait marqué le peuple tchadien et qu’il en restait des séquelles. Cette prise de conscience était pour moi douloureuse, car je la vivais parfois dans le quotidien par de petites remarques désagréables.

Accepter les différences prend du temps et demande beaucoup de patience ! Cela demande aussi d’écouter l’autre jusqu’au bout et d’essayer de le comprendre. J’ai passé par des heurts, par des incompréhensions, par des humiliations ; mais au bout du compte, le plus important est de vivre le pardon. Quand j’ai pardonné ou demandé pardon, le chemin s’est ouvert.

claireC3J’ai vécu 3 ans à N’Djamena où j’étais à l’aumônerie des lycéens et des collégiens. J’ai découvert auprès d’eux que j’aimais écouter, accompagner, faire des retraites et les aider à s’orienter dans leur vie. Ils m’ont beaucoup partagé leur vie simplement et j’ai découvert un monde que je ne connaissais pas.

En 1998, j’ai été envoyée à Bitkine pendant 5 ans pour travailler dans le centre culturel de la paroisse et en catéchèse. Là, j’ai surtout découvert la proximité avec les gens des villages. Ils étaient si accueillants et chaleureux ! Je me suis rendue compte que je cherchais souvent l’efficacité, que je comptais mon temps (je n’avais pas de temps à perdre)… Mais après avoir passé parfois une journée entière dans un village, alors que je pensai y rester deux heures, avec le temps, je me suis plus adaptée aux imprévus. Je suis passée du désir de l’efficacité à une gratuité plus grande et à l’accueil de la relation quelle qu’elle soit.

En 2005, je suis partie à Mongo. J’ai travaillé 7 ans dans un internat de filles et en catéchèse. J’ai beaucoup aimé ces deux apostolats. Le travail avec les filles était parfois difficile, car il faut à la fois de la souplesse et en même temps savoir donner des limites. Il faut aussi être juste avec chacune, ce qui n’est pas toujours évident… Mais ce travail touchait la fibre éducatrice que j’ai en moi. Aider les jeunes dans leur vie à grandir humainement et spirituellement me dynamisait.

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Depuis 2013, je suis à N’Djamena. Pendant trois ans, j’ai travaillé auprès des jeunes dans les vocations et auprès des adultes à l’Initiation à la Vie Spirituelle (IVS). J’accompagne aussi des personnes spirituellement, dans des retraites ou individuellement. C’est certainement l’apostolat qui m’a le plus épanouie. J’aime être témoin de l’œuvre de Dieu dans la vie des personnes que j’accompagne que ce soit en groupe ou individuellement. Chaque fois que je vois une personne passer par des étapes de souffrance et commencer à faire un chemin de vie ou de libération, c’est pour moi sujet d’action de grâce. Cela rejoint nos constitutions : « Nous sommes appelées à rejoindre les personnes et les groupes qui passent par des situations d’épreuve et de croissance » (Constitutions N°19).

 

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En 2016, j’ai été nommée responsable de la catéchèse diocésaine. J’avoue que j’ai beaucoup hésité avant d’accepter cette mission et de l’accueillir pleinement. C’est une mission plus aride que la précédente, qui demande beaucoup de collaboration avec les curés des 25 paroisses du diocèse et les coordinateurs des catéchistes. Chaque paroisse compte environ 800 catéchumènes et une cinquantaine de catéchistes. Le plus gros travail consiste à aider les paroisses à former les catéchistes et essayer d’unifier la catéchèse sur le diocèse. Mais je sens déjà la richesse de cette mission.

 

Ces dernières années, je me sens profondément heureuse. Ce qui fait ma joie profonde est d’être là où je dois être. Je sens de plus en plus que de faire la volonté de Dieu et d’être unie à Lui libère et me fait vivre l’essentiel de ce que j’ai à vivre, malgré mes faiblesses.

  La communauté de N'Djamena

 

La vie missionnaire est une grâce énorme que je ne mesurais pas en partant. J’ai beaucoup reçu de tous ceux que j’ai rencontrés tout au long de ces années, sans parler de mes sœurs Auxiliatrices ! Dans pratiquement toutes les communautés où j’ai vécu, nous étions de nationalités diverses. Quelle richesse ! Richesse aussi d’être dans une congrégation internationale où chaque sœur est ma sœur, même si j’ai encore à en mesurer le poids !

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Province de France-Belgique des soeurs Auxiliatrices des âmes du purgatoire