Claire     Anne-Laurence     Cécile      Birthe     Sylvie

                                                        Birthe4En mission en France !

Depuis presqu’un an mon lieu de mission se trouve en France, plus concrètement dans la communauté du noviciat européen à Cergy (à une heure de Paris). Cette communauté accueille des novices de plusieurs pays européens. Nous sommes quatre sœurs professes à accueillir les novices, trois Françaises et moi. Je suis originaire de Vienne en Autriche, née au sein d’une famille assez mélangée culturellement (Danemark, Bulgarie et Allemagne). Après mon baccalauréat j’ai fait des études universitaires de langue espagnole et française et je suis partie pour un an en Espagne. Plus tard, quand j’ai fait la connaissance des Auxiliatrices, j’étais attirée, entre autres aspects, par la largeur de vue de cette congrégation présente sur presque tous les continents. Tout de suite après mon noviciat (un noviciat mixte pour les pays Hongrie, Roumanie, Autriche et Allemagne) et ma première année de jeune professe, j’ai été envoyée en Allemagne où je suis restée 14 ans, entrecoupés en 2003 par 6 mois au Mexique pour faire un stage dans le cadre de mes études de travailleur social et en 2013 par 4 mois à Marseille pour faire une expérience spirituelle pendant mon Troisième An. J’ai passé les trois dernières années, avant de venir en France, à Salzbourg où on m’avait confié une tâche assez fascinante pour moi : j’ai travaillé pour un abri de nuit de la Caritas qui accueillait surtout des hommes et des femmes Roms (de Roumanie, Hongrie et Slovaquie).

Birthe3Oui, évidemment, en décrivant le parcours de ma vie je me rends compte que la dimension culturelle, la fascination pour les autres cultures et le souci pour la compréhension mutuelle entre les cultures faisaient toujours partie intégrante de ma vie.

Vivre en France et vivre dans une communauté culturellement mélangée, comment est-ce que j’ai vécu cette expérience pendant ma première année qui vient de se terminer ?

Cette question touche d’un côté notre vie communautaire très concrète du noviciat, de tous les jours, et de l’autre côté ma rencontre avec la société qui m’entoure, dans la paroisse et dans les lieux de mon apostolat.

Actuellement nous accueillons dans la communauté une novice de Transylvanie (Roumanie), une novice d’Allemagne et une novice d’Autriche. Avec les sœurs professes françaises nous formons alors une communauté de quatre cultures et trois langues différentes (le hongrois, l’allemand et le français)… ou même quatre langues différentes si on tient compte des différences linguistiques entre l’Allemagne et l’Autriche. On peut s’imaginer que l’aspect culturel joue un rôle très important dans notre vie quotidienne. Même on pourrait dire que presqu’aucun jour ne passe sans que quelqu’un aborde une particularité de son pays ou de sa langue. D’un côté, quelle richesse de traditions, de manières différentes de faire et de penser, de cuisiner, de fêter les grands événements… ! De l’autre côté, pour vraiment accueillir l’autre dans son altérité, sa différence et ses particularités, combien de déplacements ne faut-il pas faire ! Oui, l’altérité de l’autre pose des questions, peut troubler des certitudes, fait changer des avis, elle peut aussi devenir un point de friction, me déranger dans mes habitudes.

Birthe1Mais attention, la différence de l’autre ce n’est pas toujours une question de culture, l’autre est aussi marqué par son histoire de vie très personnelle, par ses traditions et habitudes de famille, par son esprit et son caractère individuel et unique… Pour moi, l’autre est un mystère… qui dépasse toute image qu’on pourrait se faire ou qu’on s’est déjà forgée de la culture à laquelle appartient l’autre… Et puis finalement ce n’est pas la différence entre nous qui est au centre de notre vie communautaire, notre centre, c’est le Christ qui nous a réunies, qui nous a choisies pour vivre ensemble, pour chercher ensemble cette source de vie qui nous rassasie, l’ensemble de la communauté et chacun de ses membres. Tout en respectant la singularité de chacune avec son héritage culturel et son histoire personnelle : « Venant de milieux et de pays divers, nous voulons, dans le respect des différences, nous laisser transformer par l’accueil des richesses dont les autres sont porteuses ».

J’étais toujours fascinée, surtout pendant les dernières années de travail avec les Roms, par l’idée de construire des ponts de compréhension et d’amitié entre les membres de différentes cultures et de les aider à dépasser les préjugés et les images qu’on se fait de l’autre culture. Depuis que je suis en France, je me rends compte que c’est maintenant moi-même qui dois faire le pas vers l’autre, vers mon entourage à Cergy, étranger à moi, plus ou moins français (le quartier où nous habitons est très multiculturel). Cela veut dire, accueillir l’autre – la catéchumène haïtienne que j’accompagne, la fille de 8 ans du Congo avec qui je fais du soutien scolaire, toutes les deux nées en France, ou bien le bénévole français qui garnit ses récits d’expressions de la langue française très spéciales –, les accueillir avec un cœur et un esprit très ouverts, accueillir tout ce qu’ils m’apportent de nouveau, et en même temps avoir la confiance d’être accueillie moi-même aussi par eux, telle que je suis, étrangère, d’une certaine manière débutante dans cet autre pays, avec mon accent allemand, faisant des fautes, cherchant les bonnes expressions… Quelle expérience forte pour moi !

Je me suis rendu compte que vivre dans un autre pays avec la perspective de rester plusieurs années n’est pas du tout la même chose qu’un séjour pour faire un stage universitaire ou une expérience spirituelle. J’étais par exemple confrontée avec le fait que dans ma profession de travailleur social, exercée pendant dix années, ici en France je suis débutante – ne connaissant pas du tout les lois, les institutions et les structures de la société française. Il me fallait assumer cela, peu à peu, tout doucement… avec la grande confiance que Dieu, s’Il m’a appelée à venir ici, m’indiquera le chemin à suivre et me donnera les forces pour affronter les défis qui vont peut-être se présenter… « Nous n’avons d’autre sécurité que la générosité de Dieu » !

Birthe2 

 

Province de France-Belgique des soeurs Auxiliatrices des âmes du purgatoire