Claire     Ann-Laurence     Cécile     Birthe     Sylvie

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Qu'est-ce que le Tchad a changé en moi ?

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J'ai vécu 22 ans au Tchad... et pourtant j'ai parfois l'impression que c'était très court... tant je me sens étrangère, ignorante, troublée ou même révoltée, voir fermée ! face à l'environnement physico-socio-culturel de ce pays où j'ai vécu.

Un jour j'ai quitté la France, mon pays, que j'aimais, par appel de mes supérieures, pour aller rejoindre mes sœurs au service du peuple tchadien. Je n'ai pas hésité et je l'ai fait en confiance, sûre du soutien fraternel et animée du désir de témoigner de l'Amour de Dieu pour chaque être humain, en priorité ceux qui souffrent et qui sont oubliés.

 

blancAprès le choc culturel – vécu au niveau des tripes – durant une bonne année, supporté grâce à la présence de mes sœurs, j'ai reconstitué une « peau »protectrice, au Guéra, du fait du contexte rural, de la montagne qui me rappelait le paysage de mon enfance dans la Drôme( !) et de la langue française parlée à l'école que je dirigeais.

Forte de ce « bouclier », j'ai pu affronter la difficulté majeure qui reste pour moi la situation de la femme dans ce pays : être témoin de ses conditions de vie, ses souffrances, ses humiliations, les violences qu'elle subit, son infériorisation, sa mise à l'écart ou son confinement dans les tâches ménagères et son rôle de mère, fait toujours monter en moi une colère, une indignation et une tristesse immenses ! Que faire pour mes sœurs du Tchad ? Comment les aider à combattre pour la reconnaissance de leur dignité ?

La seule réponse que j'ai pu donner durant ces années, 
en tant que directrice d'une école primaire catholique, est l'éducation.

ecoletchadEn effet, seule l'éducation, à mes yeux, pourra sortir les femmes du système d'exploitation dans lequel les hommes les maintiennent. Je le crois vraiment et cette conviction m'a aidé à supporter le climat, le manque d'enseignants formés ou motivés, le manque de matériel, l'effectif pléthorique, la baisse de niveau, etc. La confiance des parents, leur motivation par rapport aux études de leurs filles et la réussite des élèves aux concours d'entrée en 6ième m'ont apporté tout au long de ces années de grandes joies.

Cependant ma vie au Tchad n'a pas consisté seulement en un travail quotidien auprès de petites filles gaies et espiègles, si gracieuses dans leur robe bleue d'uniforme que je les appelais « les Bleuettes » ! Au fil des jours et des rencontres, à mon insu même, j'ai été transformée.


tchad-repasBien sur, je ne suis pas devenue tchadienne, d'autant qu'à ma grande honte je ne suis pas arrivée à parler l'arabe ! Je ne communique réellement qu'avec les francophones, ce qui me coupe des analphabètes (essentiellement des femmes !).

Malgré cela, je me sens « imprégnée » – au sens d'un tissu imbibé d'eau par exemple – de certaines valeurs ou réalités tchadiennes : je ne réagis plus de la même manière devant la souffrance. Sur les motos on lit souvent cette phrase : « la souffrance est un conseil ». J'ai appris à en vérifier la sagesse et à moins me plaindre pour un oui ou un non : le visage de telle ou telle femme puisant de l'eau ou portant un fagot ou sur son lit d'hôpital me saute aux yeux et réveille mon courage !

Lorsque quelque chose me résiste ou un imprévu vient changer le programme que j'avais fixé, je me laisse accueillir ce qui advient avec plus de patience. Je remets les choses à leur place, l'essentiel est ailleurs. Je l'ai appris de la capacité des Tchadiens à la joie et à l'espérance (certains parlent de « fatalisme », je ne suis pas d'accord).

 

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L'amitié que plusieurs Tchadiens m'ont offerte, avec le partage de leur vie plus intime, m'a fait découvrir combien est primordiale pour eux la relation à l'autre ; combien l'accueil est un honneur et un devoir sacré. Cette attitude « solidaire » d'ouverture, de don et d'oubli de soi est sans doute celle qui m'a le plus touchée et qui continue à convertir mon cœur dur, « solitaire » ! Je crois que grâce au Tchad je suis devenue plus humaine, plus consciente du don de la vie, de mon identité de fille de Dieu et sœur de tout homme, toute femme.

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blancPetit à petit, comme les gouttes de pluie viennent arroser une terre aride, les visages du Tchad irriguent mon jardin intérieur et illuminent mon chemin de vie : oui, ce que je suis aujourd'hui, je leur dois !

Aussi, je porte le TCHAD en moi « comme un TRÉSOR dans un vase d'argile ».

J'écoute son cœur battre... JOIE

 

 

 

Province de France-Belgique des soeurs Auxiliatrices des âmes du purgatoire