Myriam C.    Marie-Françoise    Geneviève G.    Espérance    Céline    Isabelle G.    Bernadette    Marie-Odile    Françoise

                                                                              Allons ailleurs

Marie-Odile collabore avec la Mission de France (MDF) dont l’objectif est d’abattre le mur « qui sépare l’Église d’une partie de la société ».

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Depuis six ans, j’accompagne la vie des réseaux de la Mission de France [1]. Un réseau est un groupe de partage et de réflexion qui réunit des personnes engagées de manière professionnelle ou bénévole dans un même secteur : la justice, la santé, le social, l’éducation, le monde de l’entreprise, l’engagement citoyen et politique, l’engagement auprès de migrants, l’accompagnement des personnes séparées, divorcées et divorcées-remariées, etc. La diversité de ces terrains de rencontre traduit l’intuition première de la Mission de France :

blancblanc« Comment cela avait-il commencé ? Comme toute naissance, par un cri… Ce cri-là portait l’inquiétude d’une absence : autour de la table, il manquait tant d’invités ! Où étaient-ils ? Quel mur avait arrêté leur pas pour qu’ils ne soient pas venus s’asseoir à cette table ? Pourquoi ce repas, espéré par Dieu comme un festin pour tous, leur était-il inconnu et certainement étrange ? » [2]

Rejoindre les lointains

MOdileP1Cette inquiétude – que pas une femme, pas un homme ne soit exclu de la table où toute l’humanité est conviée –, ouvre le désir de la rencontre avec chacun, en particulier avec ceux qui sont situés aux périphéries de la société et de l’Église : les figures du païen, du pauvre et de l’étranger sont celles qu’a retenues la Mission de France. Ce désir de rencontre mène à un vivre-avec souvent exigeant, où l’amitié est reçue comme un don de Dieu. Ce vivre-avec est, comme l’ont souligné les participants à l’Université d’été de la MDF en juillet 2014, une entrée dans « la vie mêlée, celle où tout est mélangé, où l’on ne comprend pas grand-chose, où l’on est forcément déçu, où l’on ne sort jamais tout à fait des malentendus et des tensions » [3]. C’est la vie que Jésus a choisie, c’est aussi celle à laquelle il envoie ses disciples, quand ressuscité, il leur donne rendez-vous en Galilée, cette terre considérée comme le carrefour des nations.

blancblancUn matin, non loin de Capharnaüm, alors que les disciples recherchent Jésus pour lui dire qu’une foule nombreuse l’attend à la suite des guérisons qu’il a réalisées la veille, Jésus leur dit : « Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Évangile ; car c’est pour cela que je suis sorti. » (Marc 1,38)

MOdileP2Rejoindre les lointains – autre expression de la MDF – c’est avec le Christ sortir des lieux bien connus, passer sur d’autres rives, aller ailleurs. Le fait d’être envoyé, de recevoir une mission explicite de l’Église peut permettre d’oser franchir bien des frontières. Pourtant, cela peut ne pas suffire pour se laisser transformer personnellement. Ainsi, des responsables diocésains de la pastorale des migrants, qui viennent prendre du recul et se nourrir au réseau Migrations de la MDF, éprouvent le besoin de s’engager dans des associations de soutien et de solidarité aux migrants. Cette rencontre avec des migrants en difficulté transforme leur regard au point qu’ils perçoivent cet engagement comme un appel évangélique auquel il devient impossible de se dérober. Mais cet appel intérieur les met dans une position inconfortable en leur faisant connaître de près les tensions politiques d’aujourd’hui, tensions qui se répercutent aussi en Église. En lien avec une personne de ce réseau, je suis moi-même engagée avec le Secours Catholique dans l’accueil de personnes qui viennent chercher de l’aide. Toute modeste que soit cette permanence mensuelle, la rencontre concrète de ces personnes me fait vivre autrement l’accompagnement des réseaux de la MDF. J’éprouve le besoin d’être moi-même concrètement déplacée pour pouvoir accompagner ceux qui y sont confrontés au quotidien.

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Aller sur la colline de l’autre

Rejoindre en parole et en acte ceux qui sont à une périphérie, c’est risquer d’être soi-même mis à la marge. C’est accepter d’être dans une position inconfortable par rapport aux repères habituels que se donnent les institutions qui ont la charge d’aider au vivre ensemble. Au sein du réseau Justice de la MDF, se côtoient magistrats, bénévoles qui interviennent en prison et défenseurs aux prudhommes. Un juge, actuellement président d’une cour d’assises, témoigne :

blancblanc« Je dois avoir, chevillée au corps, notamment en matière pénale, la conviction que, quelle que soit la gravité des délits commis par une personne, il y a là un homme, que cet homme mérite le respect, qu’il est toujours capable de changer. J’aime cette phrase « Tout homme est une histoire sacrée, l’homme est à l’image de Dieu ». Même chez ceux que l’on peut croire irrécupérables il se dit quelque chose de Dieu. Affirmer ces positions avec mes collègues et dans un tribunal peut engendrer de vives tensions. »

Que l’on parte ailleurs ou que l’on soit fidèle à une réalité particulière, aller aux périphéries, n’est-ce pas aller sur la colline de l’autre, là où la vue est différente de la mienne ? N’est-ce pas croire que servir la rencontre, investir dans les relations vaut plus que tous les points de vue du monde ? Les différents réseaux de la MDF sont des caisses de résonnance de réalités très diverses. Être à leur écoute me déplace intérieurement. Ainsi le travail de réflexion du réseau séparés-divorcés-remariés, à partir de témoignages écrits, m’amène à penser que la théologie des sacrements est à remettre sur la table de travail, une théologie qui ne m’avait pas beaucoup intéressée jusqu’à maintenant. Je fais l’expérience que pour continuer de servir l’Alliance de Dieu avec toute l’humanité, l’Eglise se doit d’être à l’écoute de ceux qu’elle met aux marges au nom même du caractère indéfectible de l’alliance.

logoMDFblancMon travail avec la MDF ravive l’appel qui m’a conduite à devenir Auxiliatrice « des profondeurs du purgatoire jusqu’aux extrémités de la terre », en répondant à la parole du Christ ressuscité : « Va vers mes frères » (Jn 20,17). Envoyée aux marges pour rejoindre ceux qui se situent à différents types de frontières (ecclésiales, citoyennes, culturelles, etc.), la MDF met en état de recherche permanent. Chacun, tour à tour, est invité à sortir de son « bien-connu », à sortir de soi pour accueillir l’Autre, en qui est tout autre. Cela me va bien !

 


[1] La Mission de France (MDF) est un diocèse de l’Église catholique, créé en 1941 à l’initiative du Cardinal Suhard pour "abattre le mur" qui sépare l’Église d’une partie de la société, en particulier le monde rural et le monde ouvrier. Fidèles à cet esprit de rencontre et de dialogue avec ceux qui ne partagent pas notre foi, prêtres, laïcs et diacres forment la Communauté Mission de France, présente en différents diocèses de France et à l'étranger.

[2] Marie-Thérèse Weisse, membre de la Communauté Mission de France.

[3]Etienne Grieu, sj, La vie mêlée, lieu de la révélation chrétienne, revue Projet n°296, janvier 2007.

 

Province de France-Belgique des soeurs Auxiliatrices des âmes du purgatoire