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Françoise Durand

 

Francoise D 13

 

 

Commentaire des textes
de la célébration eucharistique
pour la fête 
de Marie de la Providence

Matthieu 6, 25-34 et Ben Sira Le Sage 2, 1-11

 

La Barouillère

7 février 2017

 

Faire confiance

 

1 - Les textes que nous venons d’entendre s’adressent en priorité à des tempéraments inquiets, et qui ne l’est pas, au moins à certaines heures ? Nous venons d’entendre Jésus dire 5 fois dans ce passage d’évangile qui n’est pas très long : « Ne vous faites pas tant de souci pour vous-mêmes » ou « pourquoi se faire tant de souci ? », sur le ton d’un ami qui parle à son ami, ou peut-être même d’un thérapeute à son patient.

Le souci de soi fatigue. D’ailleurs l’expression est parlante : on se fait du souci, ou on se fait du mauvais sang dit l’expression populaire, comme le corps parfois sécrète à l’intérieur de nous ce qui va nous faire du mal. Acceptons donc de laisser résonner la question que Jésus nous pose ce soir : « Pourquoi tant s’inquiéter? ». L’évangile nous invite à remettre les choses à leur place : la vie et le corps sont plus que la nourriture et le vêtement… et par-dessus tout, il faut mettre le Royaume de Dieu et sa justice.

L’opposé de se faire du souci, c’est de croire, nous dit encore l’évangile de ce soir, croire que Dieu sait bien ce dont nous avons besoin et, ce qui nous est plus difficile à accepter, qu’Il sait mieux que nous ce dont nous avons vraiment besoin et que nos inquiétudes incessantes ne cessent de nous masquer.

Et de quoi avons-nous besoin ? L’évangile nous donne ici des pistes : plutôt que d’avoir peur pour nous, nous avons besoin de nous ouvrir et de sortir de nous-mêmes en nous intéressant aux autres et au monde qui nous entoure. C’est l’ouverture sur les autres qui nous sauve de l’enfermement du souci. Nous avons besoin d’ouvrir les yeux et de regarder autour de nous et alors nous verrons Dieu déjà à l’œuvre dans le monde, et en nous… Ou encore : nous avons besoin de peser (avec beaucoup d’amour dirait Ignace de Loyola) la valeur que nous avons vraiment, sinon aux yeux du monde, du moins aux yeux de notre Père des Cieux et d’y puiser de la confiance. Car nous avons beaucoup de prix à ses yeux et le souci nous le fait oublier. En écho, d’ailleurs, le Siracide nous a aussi dit : « Ayez confiance », « celui qui a mis sa confiance dans le Seigneur a-t-il été déçu ? » Nous sommes donc invités ce soir à nous ouvrir à cette confiance qui est sortie de nous et qui conditionne notre relation à Dieu. Remarquons qu’il ne nous est dit nulle part que le manque, la peur et la souffrance nous seront épargnés mais que la confiance peut changer radicalement la façon de les vivre.

2 - Il me semble que ce sont de bons textes pour la fête de Marie de la Providence… car, en choisissant le nom de Marie de la Providence, Eugénie Smet avait une conscience assez grande de la place cruciale de cette confiance en toute vie de foi.

Femme à la fois très active, souvent étonnamment efficace mais en même temps sujette à de profonds effondrements intérieurs, dont son Journal Spirituel est le témoin et qui la laissaient profondément découragée. Femme travaillée par le mystère de la souffrance et marchant souvent péniblement sur le long chemin de la remise de soi authentique entre les mains de Dieu.

La confiance, c’est ce que lui prêche à longueur de rencontre le P. Olivaint : « Vous n’avez pas assez de confiance » ne cesse-t-il de lui dire, et presque tous leurs entretiens se terminent par « courage et confiance ». Et doucement, au fil des mois, elle reconnaît qu’elle a grandi, à travers 1000 épreuves, affectives ou de santé en particulier. « Jour de confiance en pensant à ce que notre Seigneur a fait pour nous et aussi, sans amour-propre, à ce que nous avons fait pour Lui », peut-elle écrire simplement et dans la paix un an et demi avant sa mort, et aussi à cette époque : « Je suis saisie d’un grand sentiment de confiance… comme ce sentiment de confiance a grandi en moi » (23 septembre 1869).

3 - C’est évidemment bien encourageant pour nous de constater chez celle qui a inspiré le charisme de l’Institut cette lente victoire de la confiance. Une victoire qui ne s’est cependant pas faite sans son engagement actif. Il a fallu s’y mettre honnêtement et sans réserve et il a fallu durer dans ce grand travail intérieur. Et elle s’y est livrée, fidèlement, et peut-être d’ailleurs pouvons-nous reconnaitre que nous sommes déjà, nous aussi, depuis longtemps sur ce chantier intérieur de la confiance, même si nous ne sommes pas arrivées au but et que c’est un des lieux privilégiés de notre propre combat spirituel. Il nous est bon d’y retrouver Marie de la Providence qui, de façon amicale, nous invite à poursuivre et à laisser la grâce faire en nous son œuvre. Alors accueillons pour nous aussi l’encouragement du P. Olivaint, « courage et confiance », et recevons cet évangile comme une invitation à renouveler et approfondir notre confiance.

 

Province de France-Belgique des soeurs Auxiliatrices des âmes du purgatoire