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Christiane Hourticq

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Journal La Croix,

samedi 1 - dimanche 2 décembre 2007,
p. 11

C'est providentiel !


« C'est providentiel ! »
Cette exclamation, que de fois l'ai-je entendue. Souvent, j'ose l'avouer, j'en ai ressenti un certain malaise. Je n'ai pas envie que Dieu nous infantilise en nous donnant des coups de pouce et en nous faisant des clins d'œil à tout propos. Et quand quelqu'un a la vie sauve dans une catastrophe où beaucoup d'autres sont broyés, je refuse d'y voir le signe d'une faveur divine. Pourtant je crois que le beau nom de Providence exprime une manière très profonde de comprendre la relation entre Dieu et l'homme.

Il y a de bonnes raisons pour que l'idée de Providence rencontre des résistances. Si Dieu détermine la marche de notre monde et de notre histoire, qu'en est-il de l'autonomie des réalités créées et de la liberté de l'homme ? Un choix semble s'imposer : ou bien abandonner la conduite de nos existences entre les mains de la Providence  ; ou bien revendiquer une autonomie qui exclut toute intrusion divine.

Eh bien, non ! Nous n'avons pas à choisir. La foi en Dieu-Provident implique précisément qu'on renonce à opposer et même à séparer la part de l'homme et celle de Dieu. Tout est de l'homme et tout est de Dieu, comme saint Augustin l'a si bien compris dans l'expérience de sa conversion. L'homme est pleinement responsable de son destin et c'est à lui de l'inventer, mais son dynamisme, sa créativité sont portés par la relation fondatrice qui le lie à son Créateur. Des comparaisons peuvent nous éclairer. Dieu n'agit pas à la manière d'un Etat-providence qui dépossède les citoyens de leur responsabilité en les prenant en charge de leur naissance à leur mort. Il se comporte plutôt comme quelqu'un qui, pour aider autrui, s'efforce d'en faire un partenaire en lui donnant le pouvoir d'agir par lui-même. « Confie-toi à Dieu comme si le succès des choses dépendait tout entier de toi et en rien de Dieu ; donne-toi cependant pleinement à l'œuvre comme si tu ne devais rien faire, et Dieu seul toutes choses. » Dans cette maxime inspirée par saint Ignace de Loyola la force du paradoxe dit bien à quel point Dieu est présent à toute l'aventure humaine sans rien lui ôter de son autonomie.

A cette lumière, faire appel à la Providence dans des circonstances particulières ou relire sa vie en y voyant des traces privilégiées de son action, ce n'est pas nécessairement faire preuve de naïveté ou tomber dans l'illusion. C'est discerner dans la trame de nos existences des signes qui nous renvoient à une réalité sans cesse présente : Dieu ne nous manque jamais. C'est sans doute grâce à cette radicale fidélité de Dieu qu'on découvre parfois avec émerveillement des personnes qui ont été témoins ou victimes des plus grands malheurs et qui gardent une confiance indéracinable en la Providence.

La foi en la Providence, quand elle est authentique, n'a rien de démobilisateur. Au contraire, elle pousse à se risquer avec audace et confiance. Elle rend l'homme lui-même « provident » : ce que Dieu est pour nous, nous sommes appelés à le devenir pour les autres dans un partenariat qui suscite la responsabilité.

 

Province de France-Belgique des soeurs Auxiliatrices des âmes du purgatoire