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 Christine Gizard

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Proclamation de la Parole de Dieu au cours de l'Eucharistie :

Luc 1, 26-38

 

 

 

Anniversaire de la naissnce d'Eugénie Smet, Bienheureuse Marie de la Providence, née le 25 mars 1825 à Lille.

  

Année jubilaire :

150 ans de fondation
de la congrégation des Auxiliatrices

1856-2006

 

 

Commentaire de l'Ecriture

Fête de l'Annonciation

25 mars 2006
Eglise St Etienne, Lille (Nord)

 

Il est des moments qui sont décisifs, qui marquent et orientent une vie. Ainsi cette rencontre entre l'ange et Marie à l'aube de sa vie adulte, événement qui transforme toute sa vie.

On peut alors comprendre le trouble qui la saisit quand elle pressent que cette rencontre n'est pas comme les autres, et que le désir de Dieu vient rejoindre et éveiller le sien. Car c'est bien de la rencontre de deux désirs qu'il s'agit ici : celui de Dieu, premier, pour sa créature et pour l'humanité ; et celui de Marie, en réponse, qui est désir d'une disponibilité totale, d'un abandon total au Dieu de ses pères, désir mystérieusement présent en elle depuis toujours. Ce désir de Marie, Dieu vient l'accomplir dans sa vie, le déployer et le concrétiser en lui donnant une portée que Marie n'aurait jamais pu soupçonner, au-delà de tout ce qu'elle avait pu espérer ou imaginer. Et la rencontre de ces deux désirs produira dans la vie de Marie une exultation de joie qui se dira dans son cantique, signe d'une croissance de la vie.

Car ce qui se joue dans cette rencontre, c'est le projet même de Dieu pour toute l'humanité : « Tu vas concevoir et enfanter un fils… Il sera grand, il sera appelé Fils du Très Haut… Le Seigneur lui donnera le trône de David… Il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son Règne n'aura pas de fin… L'être Saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu… L'Esprit Saint viendra sur toi. » Ce qui se dit ici, c'est le projet de Dieu dans sa Trinité : Dieu, dans sa Trinité a décidé que le Fils s'incarnerait pour sauver l'humanité du péché et de la mort. (C'est bien cela qu'il s'agit de voir dans le trône de David : si Jésus est destiné à recevoir le trône de David et à régner sur la maison de Jacob pour les siècles, c'est bien pour adresser un message à toutes les nations, message qui commence par Israël, le peuple choisi). Dieu décide, en Jésus, de prendre visage humain pour être avec les hommes, pour les rejoindre, se faire tout proche, leur parler de son Père avec un langage d'homme, éprouver leurs joies et leurs peines, leurs épreuves, le poids du temps qui passe, la lenteur des germinations, et partager leur sort inéluctable, la souffrance et la mort. En leur parlant de son Père dans un langage d'homme, il désire leur ouvrir un chemin vers la vie en plénitude que le péché et la mort ne fermeront plus. Tel est le désir de Dieu, Père, Fils et Esprit.

Et la mesure de Dieu étant d'aimer sans mesure, pour réaliser ce projet, il vient frapper à la porte d'une toute jeune fille, pour solliciter sa liberté et attendre son consentement. Il désire passer par une personne humaine. Et il en suffit d'une, et en plus d'une toute jeune fille – ce qui signifie la pauvreté et la faiblesse –, pour que l'œuvre de Dieu pour l'humanité se réalise. Telle est la manière d'agir de Dieu, si déroutante pour nous : Dieu aime tellement l'homme qu'il est capable de s'appauvrir lui-même pour se mettre à la hauteur de l'homme, le faire grandir en face de lui, l'élever à sa hauteur, au point de faire de lui, ici de Marie, le partenaire de cette œuvre de salut.

Le oui de Marie, son consentement total à cette œuvre de Dieu qui la dépasse, l'engage totalement, corps et âme. Son abandon à l'œuvre de Dieu a pour effet de donner forme et visage au Fils de Dieu dans le monde. Son oui, celui de sa foi totale, a pour conséquence de faire naître le Christ dans ce monde. Telle est la fécondité d'un oui donné sans réserve, dans la foi pure : il permet au Christ de naître dans ce monde. Si Marie est un modèle pour les croyants, c'est bien en cela : elle nous enseigne la fécondité d'un oui donné sans réserve, qui permet que naisse dans le monde d'aujourd'hui un visage du Christ. (Il est vrai que la suite de la vie de Marie permet que s'accomplisse jour après jour ce oui donné à l'Annonciation, jusqu'à l'étape ultime de la Croix. Nul doute que, dans nos vies, ce oui ouvre et permet un combat pour que la vie de Dieu soit victorieuse en nous.)

Marie de la Providence s'inscrit dans cette lignée des saints dont la Vierge est le modèle.

Le trouble qu'elle ressent au moment où s'impose à son esprit la nécessité de créer un ordre religieux pour les âmes du purgatoire, s'exprime chez elle sous la forme d'une demande de signes très précis au nombre de 5, pour reconnaître que cette pensée vient de Dieu et non pas d'elle-même. Ces signes seront tous accomplis en l'espace de 3 ans, et auront pour conséquences son départ, dans la nuit de la foi, de son pays natal qu'elle aime, pour Paris afin d'y fonder une congrégation. Peut-être pouvons-nous déceler dans ce trouble de Marie de la Providence à l'origine de cette demande de signes, quelque chose du trouble qui saisit la Vierge devant les paroles de l'ange. Peut-être aussi avons-nous fait nous aussi, un jour ou l'autre, l'expérience d'un trouble devant la révélation soudaine de Dieu. Quant aux demandes de signes, la 1 ère lecture que nous avons entendue nous enseigne que le Seigneur lui-même désire parfois que nous lui demandions des signes afin d'être confirmés et affermis dans la foi.

Le souci étonnant de Marie de la Providence pour les âmes du Purgatoire, que la dévotion de l'époque ne suffit pas à expliquer, ne peut se comprendre en dehors d'une conscience très vive de ce grand projet que Dieu vient accomplir dans le monde : son œuvre de salut en Jésus-Christ, qui concerne toute l'humanité de tous les temps. Marie de la Providence a d'emblée une vision globale de l'humanité. Son souci est d'emblée tourné vers les hommes de partout et de toujours, vers l'Église universelle. Son désir « d'aller des profondeurs du purgatoire aux extrémités de la terre » ou encore « d'être la providence de la Providence de Dieu » comme elle aime à le dire, s'enracine bien dans cette longue et mystérieuse contemplation de l'œuvre universelle de salut que Dieu vient accomplir dans le monde en Jésus-Christ, œuvre à laquelle elle se laisse associer selon la grâce qui lui est faite.

« Saisie par l'amour prévenant de Dieu », Marie de la Providence répond à la grâce de Dieu comme une femme de son temps, avec les moyens dont elle dispose. Elle s'engage corps et âme, avec toute son énergie de femme active et entraînante pour « aider ceux qu'on oublie et ceux qui souffrent », dans une confiance totale en la Providence de Dieu qui la conduit. Les mots de la 2ème lecture reviennent ici : « Tu n'as pas voulu de sacrifices ni d'offrandes, mais tu m'as fait un corps. Alors je t'ai dit : Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté ». C'est de cette manière que s'accomplit dans sa vie ce oui, ce consentement à l'œuvre de Dieu, consentement qui n'occulte pas les épreuves, les échecs, les incertitudes et les souffrances qui accompagnent la fondation d'une congrégation religieuse, épreuves qu'elle assume dans la foi. Ce faisant, la fécondité de son oui donné à Dieu se manifeste dans la naissance et le maintien dans le temps de cette congrégation qui lui doit son origine. Un Institut a pris corps dans l'Église, avec un souci particulier : « Aider ceux qu'on oublie et ceux qui souffrent », ceux qui vivent des passages, ceux qui sont aux marges, jusqu'à leur rencontre définitive avec Dieu.

Mais aussi, la fécondité de son oui s'exprime à travers les visages si variés de tant de femmes réparties dans plusieurs points du globe. Grâce à elle, ces femmes ont pu trouver leur chemin dans l'Église et leur manière de suivre le Christ, et sur ce chemin, ont pu faire l'expérience d'un bonheur réel.

Au fond, si certaines personnes dans l'Église sont déclarées saintes et bienheureuses, c'est pour nous dire qu'il est possible que s'accomplisse dans des vies humaines l'œuvre de Dieu. Loin de nous décourager parce qu'ils ont une longueur d'avance, ils viennent nous dire qu'il est possible pour nous aussi de nous laisser associer à l'œuvre de Dieu dans le monde. Leur vie est un exemple qui peut nous inspirer, susciter en nous le meilleur afin de le mettre au service du Seigneur, des hommes et des femmes d'aujourd'hui.

Que le Seigneur vienne, au cours de cette eucharistie, éveiller notre désir à l'œuvre de salut qu'il vient accomplir dans le monde, qu'il vienne approfondir notre foi en son désir de nous associer, chacun pour notre part, à cette œuvre si grande. Qu'il nous donne de nous y abandonner tout entier dans un consentement sans réserve, en inventant la réponse créatrice propre à chacun, afin qu'aujourd'hui encore le Seigneur vienne à naître en ce monde. Que l'exemple de la Vierge Marie soit pour nous un modèle et une force. Que les saints, Marie de la Providence, Ignace de Loyola, Pierre Favre et François-Xavier, et tous les autres, nous stimulent et nous entraînent dans leur sillage.

Province de France-Belgique des soeurs Auxiliatrices des âmes du purgatoire