blanc blanc

 Agnès Braillon

agnesB 2 

 

 

Proclamation de la Parole de Dieu
au cours de l'Eucharistie :

Apocalypse de St Jean 7, 2...14

1ère lettre de Jean 3, 1-3

Matthieu 5,1-12

Commentaire de l'Ecriture

Fête de la Toussaint

1er novembre 2009
N'Djamena - Tchad


Tous et toutes ensemble, en ce jour, réjouissons-nous dans le Seigneur, célébrons ce jour de fête en l'honneur de tous les saints. Les anges se réjouissent avec nous en cette fête, ils glorifient les fils de Dieu, nous dit l'antienne d'ouverture de cette Messe.

Pourquoi cette fête de la Toussaint  ?

D'abord pour célébrer notre solidarité avec tous les croyants d'hier et d'aujourd'hui. Nous sommes intégrés dans un corps dont nous sommes les membres. N'oublions pas que ceux que nous appelons saints ne font qu'un avec nous. Ils sont devant nous, ils nous précédent et nous montrent le chemin. Leur force et leur vie nous habitent déjà.

Cette fête de la Toussaint est notre fête. Dans les Actes des Apôtres, le qualificatif « saints » s'applique à tous ceux qui adhèrent à la communauté des croyants, donc à nous tous. Partageons leur joie. Nous sommes liés à eux.

Cette solidarité entre nous tous implique une communauté de biens, c'est ainsi que nous affirmons dans notre Credo : Je crois en la communion des saints. Ce que chacun accomplit sert à toute la communauté. Lorsque nous nous présentons devant Dieu, nous ne sommes jamais seuls. Nous sommes entourés par la foule immense de témoins dont parle l'Apocalypse. Cette foule innombrable glorifie l'Agneau de Dieu.

Nous sommes des êtres de relations faits pour la relation. Nous le devons au désir de Dieu de partager sa propre vie, gratuitement. Ce que nous appelons communion des saints n'a d'autre source que ce Dieu d'Amour. Dieu crée la communion, tout vient de son Amour. « Voyez quel grand amour nous a donné le Père : nous sommes appelés enfants de Dieu et nous le sommes » (1Jn 3, 1). Toute rencontre forte avec le Seigneur m'ouvre aux autres – Effatah : ouvre toi.

Jetons un regard nouveau sur cette multitude d'inconnus qui nous ont précédés. Ce ne sont pas des étrangers mais une part de nous-mêmes. Tous ces saints nous partagent toutes les valeurs spirituelles et humaines, ils nous montrent le chemin des Béatitudes, chacun à leur façon. Ils ont accueilli à plein la grâce de Dieu qui les a transformés à son image. Ce sont des sanctifiés.

Le peuple de ces saints dépasse le cadre de l'Église. Il englobe tous ceux qui s'efforcent avec l'aide de la grâce divine de mener une vie droite, qu'ils connaissent ou non l'Évangile. Le Concile Vatican II nous l'a rappelé. C'est la foule de ceux qui luttent pour plus de justice, de paix, pour la réconciliation, c'est la foule des humbles, des petits qui vivent au jour le jour la fidélité à leur conscience.

Les baptisés sont marqués devant les hommes par les sacrements qu'ils ont reçus, ils ont vocation à montrer le chemin de Dieu, chacun selon les dons reçus.

La fête de tous les saints est aussi une célébration de la diversité. Si nous regardons du côté des saints reconnus, nous sommes frappés par la diversité des modèles proposés. Que de figures pittoresques ! Chacun a sa route vers Dieu. Voyez le grand Saint Augustin, la petite Thérèse de l'Enfant Jésus, les martyrs africains comme Kisito, Mère Térésa et Jean Paul II, la petite Bakita. L'Esprit souffle où il veut… Chacun d'entre nous a sa manière de rejoindre Dieu.

Notre fondatrice Marie de la Providence a été appelée par Dieu à mettre en valeur cet article du Credo : Je crois en la communion des saints. Oui, notre vocation auxiliatrice a sa source en ce grand mystère de communion. Nous sommes en solidarité avec l'humanité dans le temps et dans l'espace. La foi de Marie de la Providence « lui fait découvrir les liens qui unissent les vivants et les morts et lui révèle les richesses de la communion des saints. Elle veut aider tous les hommes, principalement ceux qu'on oublie et ceux qui souffrent, jusqu'à la rencontre définitive avec Dieu » (Constitutions n°3). Cet article des Constitutions résonne fort en nous toutes.

La communion des saints est, en effet, une œuvre à accomplir. Elle nous fait le devoir d'être actives pour rétablir la fraternité. J'aime beaucoup cette expression «  ceux qu'on oublie ». Les morts peuvent être ceux qu'on oublie mais aussi des vivants, ceux qui vivent des passages. Ceux qui sont blessés par la vie ont mille visages. Être auxiliatrice, il me semble, c'est lutter contre les forces de mort et travailler à faire surgir la vie, l'espérance.

Il peut arriver que des expériences fortes nous conduisent à saisir mystérieusement que l'amour est comme un feu… C'est croire que rien n'est impossible avec la force de l'Esprit de Dieu.

«  Notre consécration se vit dans la foi en la mystérieuse solidarité qui unit les vivants et les morts, et dans l'espérance que Dieu se fera tout en tous » nous disent encore les constitutions.

Il est important pour moi de dire que la vocation auxiliatrice s'est beaucoup approfondie au Tchad. J'ai appris à être avec ceux que je rencontrais une sœur bien impuissante – expérience de communion dans des situations de passages. J'ai découvert la richesse de la culture tchadienne où le lien est fort entre les vivants et les morts.

Je voudrais souligner quelques points forts de notre vocation auxiliatrice.

•  Une conviction tout d'abord : la rencontre de Dieu est inséparable de la rencontre des hommes, c'est ce que nous appelons être contemplative dans l'action, un appel à lire cette présence de Dieu en tous les visages rencontrés et être ouverte pour entendre les appels de l'Esprit dans le quotidien.

•  Travailler à la fraternité universelle. «  Il n'y a aucune frontière à l'amour et nous sommes solidaires de tous ceux qui suivent Jésus dans sa Pâque, qu'ils soient sur la terre ou passés par la mort. » Cet aspect de notre vocation m'aide beaucoup au jour le jour dans les moments où des choix d'engagements sont à vivre même si cela est incompris. Marie de la Providence a su prendre des risques, elle a été disponible pour envoyer des sœurs dans des lieux très éloignés et peu connus à cette époque comme la Chine. Cette audace à la suite du Christ est une manière de répondre à l'aspect prophétique de notre vocation religieuse particulière tel que le conçoit notre Institut. L'audace est un chemin qui ne peut exister qu'avec l'esprit d'humilité que donne le sentiment d'obéir à l'Esprit. Audace et confiance à la manière de notre fondatrice, puisque nous sommes invitées à rejoindre les personnes et les groupes qui passent par des situations d'épreuve et de croissance. L'audace est de fait abandon à la volonté du Père : Quitte ton pays, la maison de ton Père

•  Accompagner ceux qu'on oublie ; prendre soin en priorité du plus faible, de celui qui a le plus besoin d'entendre une parole d'encouragement, de celui qui est en marge. Vivre cet aspect de notre vocation nous invite à vivre en communion avec le Christ qui a pris sur lui toutes nos souffrances car nous nous sentons bien faibles devant les situations de conflits, de violence, les injustices, le manque de respect des plus petits. Que faire ? Sinon vivre en soi ce mystère de Paques, lutter par l'amour contre les forces de mort car les actions nous paraissent souvent comme une petite goutte d'eau.

Un fait m'a beaucoup marquée. Quand nous étions à Moundou, après la guerre, Monseigneur Vandame nous a rappelées à notre vocation : laisser Moundou si nous ne pouvions tout faire et regagner le Guéra où il est si difficile de trouver des ouvriers apostoliques, c'était rejoindre ceux qui souffrent, encore dans l'insécurité. Nous sommes reparties.

•  L'annonce d'une espérance. C'est une dimension prophétique qui me tient à cœur : être veilleur et rappeler sans se lasser que l'amour gratuit de Dieu est toujours plus fort.

•  Oui, soyons dans la joie et l'action de grâces pour toutes les merveilles que le Seigneur fait.

 

Province de France-Belgique des soeurs Auxiliatrices des âmes du purgatoire