Geneviève G. partage son expérience de la mise en commun des biens dans le vœu de pauvreté.Guenard

Le vœu de pauvreté n'est pas un vœu engageant celui ou celle qui le prononce à ne pas dépenser, mais à mettre en commun tous les revenus qu'il ou elle peut recevoir et à essayer de vivre sobrement pour construire une solidarité entre les membres de la congrégation et, au-delà de celle-ci, avec ceux qui sont dans le besoin.

Par la mise en commun, le vœu de pauvreté crée de la sécurité et de la richesse. Cette sécurité et cette richesse sont là, non pas pour le bien-être des membres de la congrégation, mais pour conduire à un engagement toujours plus grand à la suite du Christ, au niveau personnel et au niveau collectif.

C'est cet engagement collectif que j'ai eu à mettre en œuvre comme économe
générale de 1996 à 2007.

Dans les années 96-99, années de grande prospérité de la bourse, la congrégation au niveau international a voulu à vérifier l'adéquation entre les réserves et les besoins et, si ces réserves étaient trop élevées, chercher des moyens pour que notre capital soit mis au service d'autres et serve à la construction d'un monde plus solidaire. C'était le début d'une aventure de partenariat renforcé avec le CCFD et la SIDI (Solidarité Internationale pour le Développement et l'Investissement).

CCFD-terre-solidaireEn effet, il nous est rapidement apparu que nous pouvions mettre au service d'autres une part assez importante de notre patrimoine. Or, nos sœurs présentes dans les pays les plus pauvres nous renvoyaient que les dons massifs étaient souvent destructeurs dans les sociétés où elles vivaient. Il nous semblait important de mettre en place quelque chose qui puisse s'inscrire dans la durée et non pas faire un don une fois pour toutes. Nous nous sommes tournées vers la SIDI pour proposer de nous engager davantage. Nous pensions, à l'origine, mettre les fonds dont nous pouvions disposer au service d'autres par qui ils pourraient être utilisés dans le sens d'une attention à "ceux qu'on oublie, ceux qui sont laissés pour compte", ce qui est l'attention particulière présente dans notre charisme. Nous faisions confiance au CCFD et à la SIDI pour cela car nous sentions que cet accent faisait partie intégrante de leur action. Ils nous ont alors proposé de devenir membre du conseil de surveillance de la SIDI et nous nous sommes trouvées engagées dans un partenariat réel qui a élargi nos horizons, en nous donnant de réaliser le domaine économique non pas seulement comme un domaine au service de la mission mais comme un lieu de témoignage de la bonne nouvelle de Jésus Christ.

Notre engagement au côté du CCFD-Terre Solidaire nous a permis, dans la congrégation, de grandir en solidarité entre nous. Dans une étape où le vieillissement confronte chaque province à ses diminutions, notre engagement collectif avec le CCFD-Terre Solidaire nous a aidées à ne pas nous replier sur nos pauvretés mais, au contraire, à prendre conscience de la force que représentait le fait d'agir ensemble.

Personnellement, c'est ce chemin ensemble qui m'a permis de devenir, à la fin de mon mandat d'économe générale, directrice administrative et financière du CCFD-Terre Solidaire. Dans cette charge, je suis responsable de la finance solidaire, de sa gestion et de sa promotion.bon samaritain

Progressivement, en travaillant les fondements de notre engagement dans l'économique, l'histoire de l'évangile du bon samaritain est devenue centrale pour moi (Luc 10,29-37). Elle commence par un juriste religieux demandant à Jésus : « qui est mon prochain ? » Elle se termine par une question de Jésus à ce juriste : « qui a été le prochain de cet homme ? » Jésus a complètement renversé la perspective.

Quand je demande « qui est mon prochain », je me place au centre et je regarde autour de moi. Quand Jésus demande « qui a été le prochain de cet homme », il le place, lui, au centre. Et celui qui est ainsi placé au centre, c'est celui qui est meurtri, abandonné, au bord de la route. Et le texte se termine par « va, et fais de même ». Nous sommes invités à mettre celui qui est meurtri, abandonné, au centre de tout. Nous avons l'habitude de nous placer au centre du monde, de voir le monde à partir de nous. Chaque pays, quand il édite un planisphère, se met au centre. Changer le centre est révolutionnaire. Mettre l'homme exclu comme principe organisateur de l'économie et non moi et mon profit, est révolutionnaire.

C'est ce que je cherche à vivre dans mon travail de gestionnaire, dans mon rapport avec les banquiers. Cela n'est jamais totalement réussi. Tout mon travail à l'économat général, puis à la direction financière du CCFD-Terre Solidaire, m'a transformée dans ma vie personnelle. J'affronte autrement la question "qu'est-ce qui m'est nécessaire, qu'est-ce qui est superflu ?" Je réalise que le seul moyen d'entrer dans un rapport plus juste avec l'argent, avec les biens, c'est d'y introduire le visage de l'autre. Si je suis seule face à l'argent, il deviendra très vite un dieu à servir. Si je regarde l'argent en ayant présent le visage de mon frère, l'argent peut rester à sa place d'outil au service du bien commun.

 

Province de France-Belgique des soeurs Auxiliatrices des âmes du purgatoire