Ecopèlerinage été 2017

Ecopélé 2017 paysage 1La proposition de l'Écopélé lancée par le réseau Magis (nouveau nom du Réseau Jeunesse Ignatien) pour les 30 - 40 ans, est fondée sur une semaine de marche sur la route de Saint Jacques-de-Compostelle. Le mode de vie est simple et respectueux de l'environnement naturel et humain, dans l'Esprit de Laudato Si. À chaque étape l'hébergement est prévu sous tente, sur un emplacement réservé à l'avance dans un camping. L'équipe "cuisine" du groupe privilégie les produits locaux.

Cet été, du 6 au 13 août, j'ai eu la chance de faire partie de l'équipe d'accompagnateurs d'un groupe de trente-sept éco-pèlerins, qui a fait le parcours Saint-Bertrand-de-Comminges - Lourdes en suivant le chemin du Piémont, l'une des routes vers St Jacques de Compostelle. Je suis encore habitée par l'action de grâce pour tout ce qui s'est vécu, d'abord en amont dans l’équipe d’organisation. Cinq éco-pèlerins de l'année précédente ont pris en charge l’organisation logistique, et les accompagnateurs ont bâti le parcours à partir des grandes lignes décidées par les futurs participants. Chacun s'est impliqué en collaboration avec les autres. Pendant la route, nous avons peu à peu formé une petite communauté de quarante-quatre personnes, très différentes dans leur personnalité, leurs attentes, leur sensibilité ecclésiale. Nous avons été très bien accueillis sur les différents lieux.

Les sept jours de pèlerinage ont commencé par deux jours de marche (20 km par jour en moyenne), suivi d'une journée de désert (10 km de marche et pause, temps personnel avec possibilité de recevoir le sacrement de réconciliation, soirée festive). Pour les trois jours de marche suivants, un choix de deux pistes de réflexion était proposé, puis une journée à Lourdes pour clôturer le parcours.Ecopélé 2017 groupe 1

Le thème de l'écopélé 2017 était : « Le Royaume de Dieu est déjà parmi nous ! Partons à sa recherche sur les chemins de St Jacques... ». Chaque jour le temps de relecture du soir s'ouvrait sur une action de grâce pour les signes de la présence du Royaume donnés tout au long du chemin.

Nous avons parcouru un beau pays, aux racines humaines et chrétiennes très anciennes et encore bien présentes. Notre première soirée ensemble était le samedi 5 août : après l'installation au camping de Saint-Bertrand-de-Comminges et le repas, nous avons marché 3 km vers la basilique romane Saint-Just de Valcabrère (XIIème siècle) pour notre prière du soir. Les deux statues de chaque côté du porche nous ont révélé l'existence de Saint-Just et Saint- Pasteur, deux jeunes martyrs du IVème siècle, âgés respectivement de 7 et 12 ans ! Le dimanche matin, pour la prière de lancement du pèlerinage, nous étions assis sur les stalles sculptées du chœur de la collégiale Sainte-Marie à Saint-Bertrand-de-Comminges. La collégiale avait été ouverte tôt le matin pour nous accueillir.

Ecopélé 2017 cloitreMarcher avec d'autres compagnons de route, mettre ses pas dans les pas de celui qui précède, frayer le chemin pour celui qui marche derrière soi : le rythme des premiers n'est pas celui des derniers ! Grâce à ce décalage, ceux qui arrivaient en tête prenaient le temps de la rencontre avec les habitants du lieu. Assis sur la place en attente des autres, ils entendaient raconter l'histoire d'un village. À l'heure de midi, quand leur groupe de marche se retrouvait, on pouvait s’asseoir et partager le pain et le fromage tirés des sacs, et ils racontaient à leur tour...

Parfois, l'occasion est donnée de marcher seul à son rythme, de contempler au passage le ciel, la terre, les montagnes et les vallées, les villages et les rivières, les bois et les champs, les troupeaux de moutons ou de vaches qui lèvent la tête vers nous... Et parfois on ne Ecopélé 2017 brebismarche ni devant, ni derrière mais à côté d'un autre, écoutant, partageant et regardant ses pieds épousant les aspérités du sentier.

Vivre ensemble l'orage au cours de notre première nuit sous la tente, la pluie et le vent, le soleil et sa lumière, les nuits et les jours, c'est aussi éprouver cette solidarité qui discrètement se tisse entre nous, jour après jour. Elle est à l'œuvre tôt le matin quand on plie sa tente en aidant le voisin à plier la sienne et en fin de journée dans le réconfort d'une tartine de confiture offerte par l'équipe cuisine, dans la file d'attente pour la douche à l'arrivée au camping... Pendant la journée, des éco-pèlerins entraînés ajustaient leur pas à d'autres pour qui c'était la première randonnée, encourageant leur marche, allant jusqu'à porter leur sac en plus du leur. Il y avait aussi les silencieux et les solitaires, qui au sixième jour se mettaient à parler.

À partir du quatrième jour, les groupes constitués au début (sept éco-pèlerins et un accompagnateur) se sont séparés pour se répartir suivant deux chemins spirituels au choix. Au cours de ces routes, quelques repères étaient proposés pour nommer et expérimenter d'autres dimensions de l'existence, prémices du Royaume déjà là :

Ecopélé 2017 cascadeRoute 1 « Sobriété et désir » : « La spiritualité chrétienne propose une croissance par la sobriété, et une capacité de jouir avec peu. C'est un retour à la simplicité qui nous permet de nous arrêter pour apprécier ce qui est petit, pour remercier des possibilités que la vie offre, sans nous attacher à ce que nous avons, ni nous attrister de ce que nous ne possédons pas. » (Laudato Si, 222)

Route 2 « Relations, fragilité, Béatitudes » : « La rencontre, il faut aussi qu'elle soit gratuite, sans projet sur l'autre, sans savoir sur l'autre, y compris sans projet même de lui faire du bien. La rencontre suppose la parité, laisser tomber notre supériorité sur l'autre. L’Évangile dit : quand vous allez à la rencontre de l'autre, surtout n'emportez rien. »

Ecopélé 2017 groupe 2La découverte du message de Lourdes, à l'arrivée, et le récit de la rencontre entre Marie et Bernadette, nous ont donné un exemple concret de la manière dont Dieu entre en relation avec nous... Quelque chose du Royaume s'est vécu à travers la dynamique de notre pèlerinage et les relations tissées entre nous, avec Dieu et avec la création.

Le samedi 12 août soir, après la messe d'envoi à la Cité Saint Pierre, un repas festif préparé par l'équipe cuisine nous a joyeusement réunis. Voici quelques échos de la route cuisine :

"Au départ, faute d’avoir trouvé d’autres solutions, nous avons dû faire nos courses dans des supermarchés classiques (qui avaient quelques produits locaux...). Au milieu du parcours nous avons éprouvé le besoin d’expliquer quotidiennement les choix qui avaient été posés lors des courses." Je crois que l'équipe cuisine a apprécié la route spirituelle qui lui était proposée. Ceux et celles qui l’ont voulu ont pu marcher deux fois. Et tout le monde a bien mangé.

En partant de Lourdes le dernier jour, une éco-pèlerine m'a envoyé ce SMS : « Merci pour ce beau pèlerinage et les bons moments partagés. C'est vraiment une école de vie où j'ai pu observer que chacun croit pour se conformer au Christ... ».

Bénédicte D.

Province de France-Belgique des soeurs Auxiliatrices des âmes du purgatoire