Pèlerinage au Japon

sur les pas de St François-Xavier

du 28 juillet au 13 août 2017

 

Japon pele 6Pendant l’été, le Réseau Magis propose aux jeunes des pèlerinages, des retraites ou des temps de service. C’est ainsi que, du 29 juillet au 13 août, quinze jeunes et quatre accompagnateurs – un jésuite et trois sœurs auxiliatrices – ont pérégriné au Japon, sur les pas de saint François-Xavier et des martyrs chrétiens.

C’est dans la région de Nagasaki que François-Xavier avait accosté, au XVIe siècle, pour évangéliser le Japon. Nous avons donc commencé notre pèlerinage par Nagasaki, puis Goto, une île distante de 100 km environ, pour découvrir la foi des Japonais. Nombre d’entre eux ont payé de leur vie leur persévérance à confesser la foi en Jésus-Christ. A Goto, nous avons rencontré les descendants de chrétiens qui se sont cachés pendant plus de 200 ans, entre 1610, quand le Shogun a interdit le christianisme dans tout la région, et l’arrivée de la Mission étrangère de Paris au XIXe siècle. Durant cette période, les représailles ont été féroces pour ceux qui étaient découverts.

Japon pele 1Un festival d’émotions
Ici, la foi est vive : dès 5h40 du matin, les familles arrivent à la messe quotidienne. Ce qui a fait dire à l’un de nos pèlerins : « Heureusement qu’on a décidé d’y aller, sinon on aurait eu la honte ! » Goto a été le point d’orgue de notre périple, avec ses paysages magnifiques et l’accueil généreux des habitants. Ils voulaient nous faire apprécier leur pays, sollicitant tous nos sens. Un soir, accueillis par le responsable laïc de la paroisse, nous avons participé à la fabrication de certains mets, dégusté les poissons frais péchés par l’un des paroissiens, écouté le beau discours du responsable. Nous nous sommes laissé habiller du kimono traditionnel par les dames de la paroisse, et nous avons beaucoup ri. Ils avaient pensé à tout, même aux étiquettes avec nos prénoms écrits en japonais !
Japon pele 5Ce pèlerinage a été un festival d’émotions fortes. Après Nagasaki et Goto, nous arrivons à Hiroshima la veille de la commémoration de l’explosion de la première bombe atomique. Le 6 août, à 8h15, nous sommes là, participant à la minute de silence pour ces milliers de morts. Un silence très impressionnant dans une foule immense venue du monde entier. Nous avons ensuite partagé autour de la question de la paix, deuxième thème de notre pèlerinage, dans la chapelle de Père Arrupe, ancien général des jésuites, alors maître des novices à Hiroshima. Le noviciat est aujourd’hui un centre spirituel. Médecin, le Père Arrupe avait transformé cette maison en hôpital pour accueillir les blessés avec l’aide des sœurs auxiliatrices.

Une communion fraternelle
Nous avons écouté le témoignage de sœurs auxiliatrices qui, petites, vivaient à Hiroshima lorsque la bombe est tombée. Là encore, la douceur de leur accueil s’est mêlée à l’horreur des témoignages. Japon pele 4Lorsque nous avons demandé à ces auxiliatrices comment elles avaient pu pardonner, elles ont unanimement dit qu’elles avaient beaucoup de compassion pour les personnes qui avaient décidé de mettre à exécution ce projet immonde. Pas de rancune ni de haine : de l’amour.
Cet amour, cette bienveillance, nous les avons sentis encore dans notre quatrième étape à Tokyo, où nous sommes allés à la rencontre des rescapés de Fukushima et des jeunes catholiques japonais. Extraordinaire communion fraternelle qui dépasse les mots et les maux de nos histoires et de nos cultures si différentes.
Japon pele 3Comment ne pas parler de tous nos étonnements ? Pour les mets d’abord, aux noms imprononçables mais aux goûts… étonnants ! Il fallait voir nos têtes devant les rayons des magasins pour trouver du beurre pour le petit déjeuner. Pas facile de se repérer quand tout est écrit en japonais ! Étonnant aussi de voir le souci des Japonais pour le bien commun : aucun graffiti, pas de papiers par terre, pas de klaxons ou d’éclats de voix.

La Providence de Dieu
« Le pélé nous a comblés des douceurs, de la bienveillance de Dieu, mais nous avons aussi touché le mal dans sa toute sa cruauté. La Providence de Dieu ne peut-elle pas nous épargner ce mal ? » C’est avec cette grande question qu’une des pèlerines m’a abordée au milieu du pèlerinage. Tous les jours, nous avons rendu grâce pour avoir pu toucher, goûter, sentir, voir, entendre la Providence de Dieu dans ce quotidien si peu banal. Aujourd’hui, cela nous renforce dans la conviction que Dieu œuvre vraiment dans ce monde, qu’Il n’en finit pas de se battre contre le mal ! La Providence fait la lumière dans nos vies et nous découvrons ainsi, comme dans la parabole du blé et de l’ivraie, ses beautés mais aussi ses ombres. A nous de discerner vers où aller avec la grâce de Dieu.

Marie-Anne Bourgois

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Japon pele 8Témoignages de participants

Claire
Ce pèlerinage au Japon m’a beaucoup touchée. Ce qui m’a le plus frappée, c’est la cohabitation étroite de l’expérience du mal et de la souffrance, avec celle de la Providence de Dieu.
J’ai été très émue par l’histoire des chrétiens forcés de vivre cachés, de pratiquer le « Fumie » (piétinement de l’image du Christ) tous les ans, et qui ont su, malgré ce climat hostile, transmettre leur foi de génération en génération pendant 200 ans ! Ce fut pour moi un témoignage fort d’humilité, de courage et de persévérance.
Sur les lieux de persécutions chrétiennes, j’ai été saisie par le cœur compatissant du Christ ; je ne saurais dire comment, mais j’ai perçu combien le Christ avait souffert avec ses frères, qu’Il avait été présent à leurs côtés à chaque instant, et que rien de ce qu’ils ont vécu ne sera perdu ni oublié.
C’est en plein quartier chrétien que la bombe explosa à Nagasaki en 1945, dans cette petite communauté déjà si durement éprouvée par des siècles de persécutions. Et pourtant ces chrétiens, comme le Dr Nagai, ont continué de proclamer l’Amour de Dieu. Quel témoignage de foi ! J’ai été particulièrement touchée par la visite de la cathédrale de Nagasaki, où nous avons honoré la foi de cette petite communauté et prié devant le visage brûlé de Marie.
La visite d’Hiroshima a aussi été bouleversante. Nous avons uni nos prières pour la paix à celles des autres pèlerins.
Japon pele 10Toutes ces visites étaient intenses ; nous avons plongé dans l’horreur du mal. Mais en parallèle, nous n’avons cessé d’être accompagnés par la Providence de Dieu et de l’abondance de ses dons. Nous avons eu la joie de pouvoir faire de très nombreuses rencontres, et nous avons goûté à la générosité et à la délicatesse du peuple japonais. Très souvent, nous repartions avec des petits cadeaux soigneusement et joliment préparés. Jean Vanier dit qu’aimer quelqu’un, ce n’est pas faire quelque chose pour lui, mais c’est lui révéler sa beauté. Au Japon, je me suis sentie profondément aimée.
Un seul mot résonne dans mon cœur : gratitude !

Cédric
Avant d’aller à Nagasaki, je me plaisais dans la posture d’un pratiquant d’arts martiaux pour qui le samouraï représentait la noblesse ultime, un idéal humain à atteindre. Grande désillusion en découvrant ce que des nobles de la caste des samouraïs ont fait subir à leurs contemporains, aux 17ème et 18ème siècles, sous prétexte que ces derniers étaient chrétiens : humiliations, tortures physiques, pressions morales (dénigrement, discrimination), crucifixion… Conscient de cela, je suis devenu plus vigilant sur l’image populaire de ces personnages réputés pour agir suivant un code d’honneur. Que le Seigneur m’accorde la grâce d’avoir toujours le courage et la force de témoigner de ma Foi. Que je sache la placer au-dessus de tout honneur terrestre, comme a su le faire le Bienheureux Ukon Takayama !
Avant de découvrir Hiroshima, j’étais indifférent au rôle des armes dans les relations entre individus. Visiter le musée de la bombe atomique, entendre le témoignage de deux rescapées de la guerre, me laisser éprouver par la souffrance des habitants d’Hiroshima qui ont tout perdu après l’explosion de la bombe… Pour cette dernière épreuve, je suis allé jusqu’à la partager dans mon être : ainsi, dans le centre jésuite ayant servi à l’accueil des premiers survivants, j’ai été submergé de chagrin, sans aucune maîtrise possible sur mes larmes ! Ces épisodes m’ont fait comprendre que pour vivre dans un monde en paix, il faut commencer par être soi-même un artisan de paix. En rentrant en France, j’ai effectué ce petit geste : jeter ma collection de magazines sur les avions de guerre, les faits d’armes et les symboles de puissance de notre armée… pour laquelle j’ai moi-même travaillé à quelques reprises au début de ma carrière d’ingénieur.

Japon pele 7Marie
Ensuite nous avons eu la chance d’être merveilleusement accueillis sur l’archipel de Goto (collines couvertes de vertes forêts et entourées d’eaux turquoises) historiquement très catholique car ce fut un lieu de refuge des chrétiens martyrisés. Un soir, ceux qui le souhaitaient purent chacun essayer le Yukata (sorte de Kimono plus léger) de leur choix. Ce fut pour moi un moment décisif : c’est en me laissant habiller (environ un quart d’heure) par trois femmes âgées japonaises d’une grande douceur, que mon cœur et mon intelligence ont enfin capté grâce à cette expérience corporelle que j’étais bien au Japon !

Japon pele 9Violaine
Ce qui m'a beaucoup touchée c'est de me sentir appartenir à la grande famille des chrétiens du monde… de me sentir à la fois si loin de mon quotidien, et pourtant si proche de ces hommes et de ces femmes du Japon, familière de ces chants de Taizé aux paroles pourtant japonaises... J'ai apprécié les temps de relecture en groupe, car chaque pèlerin donnait un éclairage nouveau à notre journée vécue, en mettant en valeur les 1000 merveilles de ces rencontres, paysages, prières, découvertes ! Quelle chance d'avoir pu vivre cette belle et intense expérience spirituelle ! Arigato gozaimasu !

 

Témoignages à écouter : témoignage d'Elodie (sur RCF)

   quelques témoignages de participants (sur We Transfer) 

 

Province de France-Belgique des soeurs Auxiliatrices des âmes du purgatoire