Unies par le voeu d'obéissance

               

"Pour maintenir l'unité entre nous à travers la dispersion, le principal lien est l'amour qui, venant de Dieu, se commnique à chacune et à toutes. C'est lui qui fait de nous un seul corps dont la cohésion est soutenue par la foi et l'obéissance." (Constitutions n°150)

               

Comment ça marche ?
Françoise Durand nous l'avait expliqué
alors qu'elle était provinciale de France (2003-2009).

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AuxiB7 5En fait Françoise, c'est quoi ton travail ? En France, finalement, tu es un peu comme le DRH des auxis, à moins que ce ne soit comme le PDG ?

Comme provinciale, c'est quoi ton souci premier ? Qu'est-ce qui te tient le plus à coeur et à quoi es-tu attentive dans le monde, chez les Auxiliatrices, pour tes soeurs ?

Les soeurs font voeu d'obéissance et tu es leur provinciale : comment exerces-tu ton autorité ? Et d'abord, peut-être, c'est quoi l'obéissance dans un institut religieux ?

Mais qui décide quoi finalement ?

Et dans ta charge, tu es toute seule ?

Et toi, tu as un chef ?

Comment ça se passe pour être provinciale, il y a des élections ? Tu t'es présentée, tu as fait campagne ?

Qu'est-ce que tu aimes le plus dans cette charge ? Qu'est-ce qui y est le plus heureux ou qui y fait ta joie ?

Et le moins heureux, ou le plus austère ?

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AuxiB7 6En fait, Françoise, c'est quoi ton travail ? En France, finalement, tu es un peu comme le DRH des auxis, à moins que ce ne soit comme le PDG ?

Je ne vois pas mon travail comme celui d'un DRH ou d'un PDG. Je crois que, dans le fond comme dans la forme, c'est, en fait, très différent. Pour expliquer ce que c'est pour moi, ce sont des images que l'on trouve dans la Bible qui me viennent : il me semble que ma responsabilité est un peu comme celle d'un veilleur sur le rempart de la ville. Et sur ce rempart, à la jonction de l'intérieur et de l'extérieur, je suis bien placée pour avoir une vision d'ensemble et c'est pour cela que l'on attend de moi que je donne quelques orientations.

Souvent c'est aussi l'image du berger qui me revient, le berger, celui qui accompagne et qui prend soin. Je me sens d'abord responsable du bien commun mais aussi, et les deux vont ensemble, de ce que chaque Auxiliatrice de France soit dans les conditions de vivre le plus pleinement possible sa vie religieuse avec l'aventure spirituelle et humaine qu'elle comporte. Le bien personnel et le bien commun ne sont pas contradictoires. Pour que cela s'harmonise, cependant, il faut qu'il y ait quelqu'un - et pour l'instant c'est moi - qui porte le souci à la fois de l'un et de l'autre. hautInterviw

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auxiB7 7Comme provinciale, c'est quoi ton souci premier ? Qu'est-ce qui te tient le plus à coeur et à quoi es-tu attentive dans le monde, chez les Auxiliatrices, pour tes soeurs ?

Cela m'amène à être très attentive à tout ce qui permet la communion. C'est ça, sans doute, un de mes soucis premiers. La communion entre nous mais aussi avec d'autres là où nous  sommes envoyées. Pour cela, nous avons dans notre tradition religieuse un certain nombre de critères qui sont inscrits dans nos Constitutions : par exemple, nous tourner en priorité vers ceux que l'on oublie, porter le souci de l'accomplissement de la justice, chercher à faire reculer les frontières qui séparent les hommes les uns des autres, veiller et agir pour que la fraternité universelle ne soit pas galvaudée, etc...

La communion et la fraternité. Or, il me semble que pour nous la fraternité jaillit pour une bonne part du respect de la diversité. Je suis heureuse quand chacune s'autorise à être elle-même et que par là elle autorise les autres à être elles-mêmes en sortant du jeu des comparaisons stériles. La diversité est, à mon avis, une richesse. Il y a beaucoup de façons de vivre la vie auxiliatrice, et je suis sûre qu'on ne les a pas encore toutes découvertes ! C'est cette diversité qui forme un corps vivant. Et moi je suis au service de la communion dans ce Corps divers car il faut une instance qui évite l'éclatement, l'individualisme qui part dans tous les sens, ce qui est toujours un risque. top

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auxiB7 8Les soeurs font voeu d'obéissance et tu es leur provinciale : comment exerces-tu ton autorité ? Et d'abord, peut-être, c'est quoi l'obéissance dans un institut religieux ?

Obéir, c'est d'abord obéir à l'Esprit qui parle dans les personnes et les événements. Pour le dire rapidement, exercer mon autorité, c'est écouter cet Esprit qui parle, en tout cas essayer de l'écouter... c'est écouter d'abord, et parler ensuite; c'est écouter pas mal, et parler pas tant que ça ! Pour les soeurs, obéir, c'est écouter aussi et d'abord l'Esprit qui leur parle, et parler ensuite. C'est comme cela que nous discernons ensemble ce qui est à faire. C'est en quelque sorte notre règle du jeu commune. Il y a quelques lignes de nos Constitutions qui disent cela assez bien : "La volonté de Dieu se fait connaître à nous de multiples manières, à travers les événements, les appels du monde et de l'Eglise, les personnes qui nous entourent, nos propres dons et limites. Dans notre monde déchiré Dieu s'adresse à nous tout particulièrement à travers le cri des pauvres. Nous apprenons à discerner avec d'autres ce qu'il attend de nous".

Il me faut pour cela mettre en veilleuse les idées ou les jugements préconçus, faire silence en moi, suspendre mes réactions premières. Cela répond, chez la soeur, la communauté ou le groupe avec lesquels je suis en dialogue, à une attitude que je qualifierais de confiante et de courageuse à la fois. Il est important qu'elles aillent jusqu'au bout de ce qu'elles ont à dire, de leurs peurs éventuellement, de leurs recherches, de leurs aspirations, de leurs visions du présent, du passé et de l'avenir. Il s'agit donc d'aller aussi loin que possible dans ces deux mouvements d'écoute et de parole. L'obéissance est une donc une responsabilité partagée, et non une soumission, une responsabilité dans laquelle les deux interlocuteurs assument leur part. top

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auxiB7 9bauxiB7 9Mais qui décide quoi finalement ?

Il me semble qu'il y a des décisions diverses à prendre dans le quotidien des vies comme dans les grands moments.

auxiB7 9cChaque soeur est d'abord "gardienne" de sa propre vie, responsable de sa vie de prière, de la mise en oeuvre du mieux possible de sa mission, responsable des relations qu'elle entretient avec les autres Auxiliatrices, responsable de sa santé, etc... Il y a là beaucoup de décisions à prendre sans avoir quelqu'un derrière soi qui souffle ce qu'on doit faire dans chaque cas. Bien sûr, il est normal qu'on ait plus besoin de prendre conseil quand on est au début de la vie religieuse que plus tard.

Mais notre forme de vie comporte le fait que nous acceptons que pour notre mission, notre communauté, la décision dernière revient "aux supérieures légitimes" comme disent les Constitutions... et nous faisons le pari (pari qui se vérifie à l'usage, sans cela il vaut mieux ne pas rester dans la vie religieuse) que cela nous rend plus libres intérieurement même si la décision n'est pas toujours ce que nous aurions choisie toutes seules.

Cela peut paraître bizarre mais ça ne l'est pas tant que ça si l'on prend en compte le fait qu'un choix fait à plusieurs en essayant de se mettre à distance des envies et des désirs immédiats a plus de chance d'être le bon. Cela, ça se vérifie partout : dans la vie professionnelle, associative, familiale... Mais il y a aussi une raison plus profonde et qui est d'ordre spirituel : c'est parce que c'est une façon d'essayer de vivre comme Jésus-Christ avec son Père en rentrant dans cette forme de remise de notre vie dans la confiance.

Pour moi, un critère important d'une bonne décision, c'est que l'on arrive à un accord commun, l'accord de celle qui envoie et de celle qui est envoyée. Ce n'est pas toujours réalisable, mais ça l'est le plus souvent. Il peut arriver que le souci que j'ai du bien commun passe avant le fait de répondre au désir d'une soeur. Mais je n'ai pas le droit de demander à une soeur quelque chose qu'elle ne peut pas vivre : c'est là la soumission au réel. Et je suis moi-même tenue de respecter la lettre et l'esprit des Constitutions qui sont notre loi commune. Il peut arriver aussi qu'une soeur souhaite certaines choses et que je dise "ce n'est pas possible" parce que je pense qu'elle se mettrait en péril elle-même, ou bien qu'elle mettrait en péril ou en difficulté une communauté, et dans ce cas mon refus peut créer un conflit ou une crise avec la soeur. top

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AuxiB7 5Et dans ta charge, tu es toute seule ?

Non. En France, nous avons un système un peu particulier : ma charge concerne toute la vie de la Province de France, mais il y a une provinciale adjointe - Jeanne Thouvard - pour tout ce qui concerne la vie habituelle de nos soeurs les plus âgées qui forment ce que l'on appelle le Grand Groupe car il est majoritaire dans la Province. Jeanne est donc la provinciale de ce groupe des soeurs plus âgées et elle est assistée par un conseil, composé de deux soeurs en ce moment.

Je travaille en étroite collaboration avec Jeanne, et avec un conseil également, le conseil provincial, composé de Jeanne, de deux conseillères provinciales et d'une secrétaire provinciale. Toutes les décisions qui concernent la vie de la Province dans son ensemble se prennent avec le conseil provincial. Grâce à cette organisation, j'ai davantage de temps à consacrer aux questions de vie apostolique, aux soeurs en formation, aux liens avec les autres congrégations religieuses ou avec les diocèses, aux équilibres de compositions des communautés, à tout ce qui concerne l'animation de la province, les rencontres... top

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auxiB7 10bauxiB7 10aEt toi, tu as un chef ?

Tu as déjà compris que le mot "chef", je ne le trouve pas adapté... J'ai une supérieure, moi aussi, qui est la supérieure générale. Mais ce n'est pas un chef, c'est une soeur ! Et de la même manière, j'espère bien être une soeur pour celles de la Province. Et de même que les soeurs de la Province me rendent compte de leur mission, je rends compte à la supérieure générale de la mienne qui est de veiller sur la vie de la Province. Il y a un certain nombre de décisions que je n'ai pas le droit de prendre seule ou de prendre seulement avec le conseil provincial : par exemple l'admission d'une soeur à prononcer son engagement définitif car cette décision engage, en fait, la vie de l'Institut en son entier. Et puis ce sont aussi un certain nombre de décisions financières, ou immobilières... et je lui parle aussi de ma vie personnelle. top

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auxiB7 11Comment ça se passe pour être provinciale, il y a des élections ? Tu t'es présentée, tu as fait campagne ?

Rien de tout cela : ce ne sont pas des élections, on ne se présente pas et on ne fait pas campagne ! En fait, c'est la supérieure générale qui m'a demandé d'assumer cette responsabilité de provinciale et qui m'a nommée. Pourquoi ? Cela m'échappe pour une part. Elle m'a laissé du temps pour peser ma réponse. J'ai été nommée après consultation des soeurs. J'exerce cette responsabilité pour un temps et puis je laisserai la place à une autre et je continuerai ma vie en retournant à "la base". Ce n'est pas une histoire de promotion personnelle. Et j'aime cette forme de sagesse de vie religieuse qui fait que personne ne fait carrière dans un poste et que les responsabilités tournent. top

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Qu'est-ce que tu aimes le plus dans cette charge ?
auxiB7 12Qu'est-ce qui y est le plus heureux ou qui y fait ta joie ?

Cette charge crée avec les soeurs des liens très forts de fraternité, et ça, c'est heureux. J'aime bien faire des projets avec d'autres et c'est un lieu où on peut faire pas mal de projets. C'est aussi une responsabilité qui me fait vivre une expérience spirituelle forte parce qu'elle est le lieu de forts investissements humains pour les soeurs comme pour moi. Le jour où j'ai dit "oui", c'est un jour très précis où j'ai compris que ce serait pour moi une expérience de disciple, de la suite du Christ, dans l'obéissance, et qu'il me serait donné la grâce de la vivre. Et c'est là que je puise mes réserves de forces.

Cette responsabilité peut parfois être lourde, austère, pleine de soucis mais je l'accepte, c'est là que pour le moment je vis ma vie religieuse, je vois que c'est un vrai service que je rends comme je peux avec mes capacités et mes limites. C'est d'ailleurs une grande école de don de soi et on y apprend la simplicité et l'humilité.

La vie d'un groupe humain ne se gère pas comme s'il s'agissait d'un problème d'arithmétique à résoudre. Les conséquences des choix sont parfois inattendues, et parfois les événements bousculent les choix. C'est d'ailleurs une loi de tous les groupes : il faut quelqu'un qui décide, avec risques et périls, mais c'est le fait d'assumer risques et périls ensemble qui rend les choses faisables. On voit et on entend des possibles qui s'ouvrent, des personnes qui se déploient beaucoup plus que l'on aurait pu le penser et ce sont de nombreuses occasions de rendre grâce. Et si la vie circule dans notre Province je sais bien que cela nous est donné, que ce n'est pas à la mesure de ce que j'ai pu faire pour cela mais j'en suis témoin, témoin pour moi-même mais surtout témoin pour les autres soeurs. top

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auxiB7 13Et le moins heureux, ou le plus austère ?

Le moins heureux, c'est, sûrement, quand les relations se trouvent faussées pour une raison ou pour une autre, quand la confiance fait place à la méfiance, quand l'obéissance est vécue dans sa forme mais pas dans son fond. La place de la provinciale est le lieu où résonnent les tensions entre les soeurs, les difficultés que vivent les unes ou les autres. Il faut porter le fait que bien des situations sont pour une part insatisfaisantes mais qu'on ne peut pas les changer. Il ne m'est pas possible de m'expliquer ni d'être comprise sur tout parce que bien des décisions tiennent compte de difficultés ou de fragilités des soeurs que l'on ne peut pas mettre sur la place publique.

Il y a aussi une austérité de la tâche elle-même : j'ai été heureuse dans mes années de vie apostoliques au catéchuménat, ou sur le terrain du dialogue interreligieux. Maintenant, je ne suis plus en première ligne mais j'aide des soeurs à avoir un terrain apostolique riche. Bien vivre ce fait d'être en seconde ligne, c'est renoncer à me projeter à leur place en imaginant tout ce que je pourrais faire d'intéressant si j'y étais ! Et puis il me faut accepter d'avoir très peu de temps pour moi... top

 


Et au service de l'ensemble de l'Institut,
au niveau international,
la supérieure générale et son conseil...

Elue pour 6 ans, la supérieure générale répond du bien commun de l'Institut.

Aidée du conseil général, composé de 4 conseillères, et assistée également d'une économe et d'une secrétaire générales, elle assure le service de la mission et de l'unité.

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L'institut est constitué de communautés, réunies en provinces, vice-provinces ou groupements.

A chacun de ces niveaux, une soeur répond du bien commun et des décisions prises.

  « Celles qui rendent un service d'autorité le font selon les Constitutions pour le bien de chacune et de toutes. Elles envoient les soeurs en mission. Elles accompagnent les discernements et soutiennent les engagements, personnels et communautaires. Elles osent interpeller et suscitent la recherche de nouveaux chemins pour la mission. » Constitutions n°156  

Province de France-Belgique des soeurs Auxiliatrices des âmes du purgatoire