Marie du Sacré-Coeur

Emmanuelle nous partage sa découverte de Marie du Sacré-Coeur, présente dès la fondation auprès de Marie de la Providence...

 

auxiD2a menologeMduSCOn m'en avait peu parlé durant mes premières années de formation et je suis tombée sous son charme en ouvrant par hasard un vieux ménologe ronéotypé à l'encre fanée, presque illisible : curieux quand on pense à la place qu'elle a jouée aux côtés de Marie de la Providence dans la fondation de notre congrégation. Elle a été de toutes les aventures, de tous les balbutiements et de toutes les intuitions décisives des commencements :

- de la petite communauté misérable de St Merry à l'accueil d'une Eugénie Smet démoralisée,
- de la rédaction des premières règles pour inscrire la société naissante dans la spiritualité ignatienne aux premiers « accompagnements » – les parloirs de l'époque – et aux premiers essais pour transmettre les méditations ignatiennes aux novices puis aux tertiaires,
- de la première fondation à Nantes à la première mission en Chine.

La liste est longue de ces « responsabilités premières » où il fallait tout inventer, tout fonder en même temps que se fondait l'Institut...

 

auxiD2a marie-sacre-coeurTout semblait pourtant opposer cette femme à Marie de la Providence : le tempérament, l'histoire personnelle et familiale. L'une, Marie de la Providence, est un feu vivant, une sorte de femme d'affaire capable de soulever des montagnes et de séduire tous les cœurs ; l'autre, Marie du Sacré-Cœur, plus intellectuelle est aussi plus réservée, plus discrète. La première a grandi dans un milieu assez protégé : famille pieuse du XIXe siècle, pension au Sacré-Cœur puis les « bonnes œuvres » à tous crins. La seconde est atteinte dans sa chair et son histoire par les grands bouleversements sociaux, religieux et intellectuels de l'époque : c'est l'athéisme irréductible d'un père très aimé, c'est un très gros revers de fortune familial avec la nécessité de quitter la pension à quatorze ans, de gagner sa vie, et pour cela d'étudier, seule, pour devenir institutrice puis enseignante à l'école normale de Lyon. Ses études, ses lectures, ses cours lui font découvrir toute l'ébullition intellectuelle de l'époque, sans doute les courants scientistes et anticléricaux : la secousse est réelle, qui lui fera traverser un véritable combat spirituel...

Tout semblait opposer Marie du Sacré-Cœur et Marie de la Providence. Elles se rencontrent pourtant et de leur rencontre naîtra notre institut. Dès l'origine, Marie du Sacré-Cœur refuse d'être fondatrice, dès l'origine elle donne cette fonction à Marie de la Providence : celle-ci reçoit d'être fondatrice d'y avoir été appelée, de l'avoir été tacitement instituée par une autre. On sait que Marie de la Providence assumera ensuite pleinement son rôle de fondatrice donnant alors à son tour à Marie du Sacré-Coeur de déployer pleinement ce qu'elle était, au-delà sans doute de tout ce que son caractère réservé aurait osé imaginer. Deux figures différentes, complémentaires, que nous aimons à dire aujourd'hui « co-fondatrices » même si, toujours, Eugénie Lardin a refusé ce titre. Mais il me plaît de penser qu'à l'origine même de notre institut, il y a eu place pour des figures si contrastées, qui chacune donne à l'autre une place unique et différente...

 

 

Quelques lignes, glanées dans le ménologe, pour donner le goût de lire un style superbe, dans son classicisme, moderne par bien des aspects. Les premières sont extraites de lettres bouleversantes de tendresse qu'elle adresse à son père qui s'oppose à sa vocation :

auxiD2a Cenacle« Mon Père, je dois être religieuse, Dieu rend chaque jour cette conviction plus profonde dans mon esprit ; mais je ne puis soutenir la pensée qu'en me voyant partir tu m'accuseras d'ingratitude, que ce sera un regard de reproche et non un regard plein de bénédiction que tu laisseras pour adieu à ton enfant. (...) Penses-tu que je doive cesser de t'aimer parce que je serai religieuse ?...Le moment est venu de prendre un parti. Si je ne me suis pas confiée à toi, c'est que je craignais d'ajouter à toutes tes douleurs : tant d'ennuis et de douleurs t'assiégeaient ! Aujourd'hui, les circonstances sont telles qu'il faut que je parle. (...) Mon Père, ton enfant te supplie. Dis-lui de ta voix amie d'aller où Dieu l'appelle. Ah si je sais que tu souffres, cette pensée me brise le cœur ! »
(19 mars 1856)

Plus tard, face à l'opposition formelle de son père, le 26 mars :

« Autrefois tu ne voyais pas mon écriture sans une impression de joie ; et je sens qu'aujourd'hui ta main tremble en ouvrant cette lettre... Tu sais, mon Père, que jamais je ne t'ai désobéi. Que dis-je ? J'allais au devant de ce que tu pouvais désirer ; j'étudiais tes goûts et tes pensées pour m'y conformer, même dans les choses insignifiantes ; mais pourquoi rappeler tout cela ? il n'y avait pas de sacrifice, c'était ma plus grande joie. Pour que je te résiste aujourd'hui, il faut que ma conviction soit bien profonde : elle est si profonde qu'elle ne peut s'éteindre qu'avec la vie. Je pensais au chagrin que tu aurais en me quittant, mais il ne m'est pas venu une fois, une seule fois que tu me refuserais ta bénédiction... Mon affection, qui pouvait faire pour toi tous les sacrifices, s'est révoltée d'entendre parler de droits, quand je ne m'adressais qu'à ton cœur. Des droits, je sais bien que je les ai, c'est ta bénédiction que j'implore... C'est à ton cœur que je m'adresse... ».

 

Les deuxièmes sont extraites de son arrivée en Chine. Elle est séduite par les chinoises, par les femmes qu'elle a à former, écrivant à Marie de la Providence : « Qui aurait dit qu'un cœur si tranquille que le mien viendrait s'éprendre de chinoises ? ».   :

auxiD2a ChineElle se met immédiatement, et malgré ses difficultés, à apprendre le chinois
 
« Je commence à apprendre à écrire, c’est moins difficile que je ne pensais ; le premier jour où j’ai pris le pinceau, nos bonnes vierges l’ayant su en eurent un extrême contentement, et comme le soir je traversais leur classe, elles couraient derrière moi et embrassaient ma pèlerine pour me témoigner leur reconnaissance : 'Si tu mettais des vêtements chinois, me dirent-elles avec le ton de la prière, tu serais tout comme nous'… Le meilleur moyen de gagner les cœurs est donc bien de se faire semblable à ceux dont on veut être aimé ; cette réflexion me donna un nouveau mouvement de reconnaissance pour Notre Seigneur Jésus-Christ qui n’a pas craint de se faire homme pour gagner notre cœur ».
 
 
 
 
 

 

Province de France-Belgique des soeurs Auxiliatrices des âmes du purgatoire