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| Claire Ann-Laurence Christine | |||||
Lettre du Cameroun
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Je suis arrivée au Cameroun en septembre 2010. Que dire de ces premiers mois à Yaoundé ? D’abord l’expérience de « déroutement » et de nouveauté. Je connaissais un peu le Cameroun pour y avoir vécu six mois en 2002. Mais je me suis rendue compte que la situation communautaire avait bien changé et que j’avais tout oublié de la manière de vivre d’ici. Il a donc fallu tout réapprendre des gestes élémentaires de la vie quotidienne : les courses, la cuisine, les règles d’hygiène, apprendre à vivre sans eau, à la filtrer, à la garder… à se déplacer dans la ville, les tarifs du taxi et comment s’y prendre… Au bout d’un mois je commençais à y voir un peu plus clair et à me déplacer enfin seule : première victoire… ! Nous circulons en taxi car nous n’avons pas de voiture. Cela ne nous manque pas à vrai dire, car nous sommes très bien placées dans la ville. Le taxi est un bon lieu d’observation. J’y apprends beaucoup de choses en regardant par la fenêtre les quartiers, la vie des gens, les conversations parfois étonnantes avec les passagers. C’est aussi très pratique : il nous dépose exactement où l’on veut. Pas besoin de calculer les changements, horaires… Ici il suffit de « proposer », c’est-à-dire donner un prix… Il faut apprendre un peu quand même… car ma peau blanche est souvent une tentation forte de faire monter les prix ! |
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Quand je suis arrivée, nous étions 4 de 4 nationalités : Pays Basque, Mexique, Italie et France. Puis nous avons accueilli 2 professes temporaires et 2 candidates du Rwanda. Ces dernières, après avoir appris le français, sont entrées au noviciat le 2 février. Nous sommes réparties en deux maisons. Nous sommes 5 dans la maison du noviciat. J’ai commencé par suivre deux cours à l’inter-noviciat pour découvrir la réalité du pays et celle des novices. J’ai donc écouté une religieuse italienne sur la théologie de la vie consacrée et j’ai suivi un cours d’anthropologie fait par un laïc camerounais. |
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Parallèlement, je suis une équipe de jeunes d’un « groupe vocationnel » sur la cathédrale. Nous cheminons ensemble, le dimanche matin, tous les quinze jours. Ils m’ont proposé de les accompagner pour une session entre Noël et le jour de l’an. Leur manière de fonctionner est assez déroutante pour moi, mais peu à peu la confiance naît entre nous et le dialogue s’engage. Ils sont vrais et n’ont pas peur de poser les questions qui les habitent. Ils ont commencé par me faire parler sur le purgatoire, car ce sujet les préoccupe. J’ai été très étonnée de leurs questions : « Ma sœur, quand on est mort, est-ce qu’on est vraiment mort ? ». Je découvre, en leur demandant de préciser, que dans leur village leur famille raconte par exemple que les morts reviennent après leur décès pour ouvrir les volets de leur maison. « Ma sœur, qu’est-ce que vous en pensez ? » Ou encore : « Chez nous, la polygamie, c’est une valeur. Est-ce que ce ne sont pas les blancs qui, en nous apportant le christianisme, nous imposent leur culture ? ». C’est sûr, je ne me suis jamais posée ces questions, et je réfléchis encore aux réponses à leur donner… |
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Et puis j’ai été accueillie à mon arrivée dans l’animation du groupe ignatien de Yaoundé. Celui-ci forme des accompagnateurs ignatiens laïcs et religieux sur un parcours de deux ans. J’ai donc pris mon tour dans l’animation de ces journées. J’y retrouve Eric de Rosny, jésuite, auteur du livre très connu Les yeux de ma chèvre. Il est venu à la communauté pour nous parler de la culture camerounaise. Nous avons vécu une rencontre formidable et lumineuse en sa présence. Sa réflexion sur les cultures, et en particulier sa connaissance de la culture camerounaise, est vraiment impressionnante. |
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Ainsi, je réponds à quelques demandes telles qu’elles se présentent, sans projet très précis pour l’instant, préférant me laisser conduire par les événements. Vu le dynamisme et la jeunesse de la vie religieuse, je commence à sentir que les plus grands besoins se situent au niveau de la formation dans la vie religieuse. Par exemple, j’ai animé un week-end sur le discernement pour des postulantes. Quelle surprise de me retrouver face à un groupe de soixante jeunes femmes de plusieurs pays d’Afrique… J’avais un peu peur de ne pas savoir leur parler à cause du décalage culturel, mais le courant est très bien passé. |
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Je découvre aussi le visage des missionnaires, les « vrais », ceux qui ont vécu toute leur vie apostolique à la mission, au loin, en Afrique. Ce sont des hommes et des femmes libres, des figures vraiment évangéliques. Un jour, un jésuite est venu nous parler de son travail auprès des enfants de la rue. Il a été longtemps au Tchad et a vu naître pratiquement l’Église tchadienne. Là encore, c’était impressionnant de l’entendre. Il y en a d’autres : une sœur française qui vient de recevoir les médailles du ministre de la santé pour trente ans d’enseignement à l’école des infirmières fondée par sa congrégation, une autre qui vient de fêter ses soixante ans de vie religieuse et ses vingt années de présence à Yaoundé et qui, à cette occasion, nous a livré un témoignage très profond. |
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Voilà quelques nouvelles en vrac pour vous donner à sentir un peu de ce que je vis ici et fortifier les liens de communion entre nous. A votre prière, plus particulièrement à la prière de nos sœurs aînées, je confie les novices d’ici, et aussi notre insertion en terre camerounaise. Bien fraternellement à chacune. Christine |
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